A mon humble avis...

Des livres, de la cuisine, des films, des émissions télé et radio... et la vie édifiante de Sainte Lisa en Euskadi!

12 mai 2008

Fils unique

fils_uniqueJ'ai lu il y a peu Fils unique de Stéphane Audeguy en Folio.

 

Première phrase: "Hier la nation tout entière a porté les restes de Jean-Jacques Rousseau dans la crypte de l'église Sainte-Geneviève, reconvertie en Panthéon."

 

Nous sommes quelques années après la Révolution. François Rousseau assiste au transfert des restes de son frère, l'illustre philosophe fêté par tous les révolutionnaires. Il décide alors de lui raconter sa vie, sa vérité, et contrebalancer ainsi les Confessions de son célèbre frère.

 

Cette autobiographie commence comme le réquisitoire d'un homme amer à son trop saint frère. La langue est noble, mais le propos parfois cru. Car là où Jean-Jacques laisse le souvenir d'un homme de pensée, François aura lui été un homme de corps. Et elle fut longue, sa vie, entourée de femmes, de luxure (de vice?). Une vie riche, pleine, une vie qui ne laisse que peu de regrets lorsqu'elle touche à sa fin. Car c'est un vieillard qui nous raconte son passé. Un vieillard qui fait trente ans de moins, mais un vieillard quand même, qui a beaucoup de mal à se faire au nouvel ordre imposé par la Terreur. Un vieillard qui n'a pas su dire à son petit frère à quel point celui-ci lui était cher, et qui tente de se racheter, même si la tentative est souvent maladroite.

J'ai aimé ce roman sous forme d'une fausse autobiographie, qui nous fait visiter les coins sombres de la Révolution. Le roman est divisé en trois parties, "Enfances", "Paris" et "Révolutions". Ces trois parties ont des saveurs différentes, et la dernière est sans conteste la plus amère, mais aussi celle que j'ai le plus aimée. Lorsque j'ai choisi ce roman, que je voulais lire depuis longtemps, je ne m'attendais pas à ce que le libertinage y tienne une place aussi importante, j'ai donc été un peu surprise, et presque déçue car je m'attendais à lire quelque chose de plus élevé. Mais au final, j'ai quand même bien aimé, je garderai un bon souvenir de ce roman, notamment grâce à sa dernière phrase: "Rira bien qui rira le dernier", qui résume à merveille l'ensemble du livre.

Ma note: 8/10

Ce roman est à rapprocher du Voyage des grands hommes de François Vallejo, mais aussi de Je, François Villon de Jean Teulé (il a de nombreux point commun avec Fils Unique, et si on aime l'un, je pense qu'on aime forcément l'autre).
Ils ont lu Fils unique: Cécile, Anne-Sophie, Sylvie, Cathe.

Et pour conclure, une phrase qui m'a beaucoup fait rire: " La Sagesse parut: une grande femme, du téton comme sur ma main, point de cul, l'air sévère d'une chaisière de Saint-Médard constipée par une orgie d'hosties."
 

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08 mai 2008

The angel of darkness

angel_darknessJe viens de terminer The Angel of Darkness de Caleb Carr chez Ballantines Books.

 

Première phrase: "There's likely some polished way of starting a story like this, a clever bit of gaming that'd sucker people in surer than the best banco feeler in town."

 

Lorsqu'on passe un concours ou des examens, rien de tel qu'un roman captivant pour vous faire oublier de stresser pendant quelques instants. Cette année, c'est donc ce roman de Caleb Carr qui m'aura accompagné dans les pires moments, notamment les quinze minutes de silence de crypte dans la salle d'examen, juste avant que les sujets soient ouverts, quand tout le monde se regarde en chien de faïence.

 

Ce roman, traduit en français sous le titre L'Ange des ténèbres, est la suite de  The Alienist, que j'avais adoré il y a quelques mois. On y retrouve la même fine équipe d'enquêteurs, à la poursuite cette fois-ci d'une femme, mystérieuse et très inquiétante, qui a kidnappé le bébé d'un diplomate espagnol, alors que les Etats-Unis s'apprêtent justement à entrer en guerre contre ce pays. Cette fois-ci, l'enquête n'est pas lancée sous l'impulsion de Teddy Roosevelt, qui a quitté New York pour le ministère de la Marine, mais de Miss Howard, une jeune aristocrate féministe de choc (elle est toujours armée et n'hésite pas à tirer dans la jambe des hommes qui l'importunent de trop), qui s'est installée détective privé suite à la dernière enquête. Mais comme le docteur Kreizler est mis à pied temporairement de son institut pour enfants, notre sympathique équipe se réunit à nouveau pour retrouver la petite Ana.

 

En relisant mon billet sur l'Aliéniste, je me rends compte que je ne vous avait pas présenté les personnages. Alors allons-y pour ce tome! J'ai déjà évoqué Miss Howard. Elle est entourée du docteur Laszlo Kreizler, aliéniste de son état, expert dans de nombreux procès et fondateur d'une institution pour enfants cabossés par la vie. Celui-ci a souffert d'un père violent, et se bat régulièrement contre ses souvenirs douloureux. Au cours de sa vie, il a recueilli entre autre Stevie Taggert et Cyrus Montrose, deux membres à part entière de l'équipe. Stevie est un gamin des rues, gros fumeur au grand dam du docteur, qui est rentré dans le droit chemin même s'il n'hésite pas à faire appel à ses anciennes manières ou connaissances pour la bonne cause. Cyrus est un homme noir, très réservé, mais aussi très fiable et très solide, toujours de bon conseil. L'équipe se compose également de Mr Moore, un ami d'université du docteur, rentier nonchalant et impulsif et journaliste à ses heures, mais ami fidèle. Enfin, Lucius et Marcus Isaacson, deux frères détectives de la police, et expert dans les toutes nouvelles sciences de police criminelle (nous sommes à la fin du XIXe siècle, ne l'oublions pas). Contrairement à l'Aliéniste, dont le narrateur était Mr Moore, ce roman a pour narrateur Stevie Taggert, ce qui permet d'avoir une vue différente des divers personnages: ainsi, Cyrus est plus présent, puisqu'il accompagne souvent Stevie, et nous avons une narration qui évoque beaucoup les sentiments du narrateur.

 

J'ai également beaucoup aimé ce roman, qui en plus d'offrir une intrigue captivante, nous fait partager le quotidien de ces personnages tellement sympathiques. Cependant, quelques petits points m'ont un peu déplu (ou m'ont moins plu). D'abord, le contexte diplomatique n'apporte pas grand chose, si ce n'est qu'il permet l'introduction d'un personnage très particulier, el Nino, un indien des Philippines, qui d'ailleurs est traité d'une manière assez caricaturale. Ensuite, nous assistons au procès de la coupable, et certaines scènes sont un peu longues (et pourtant, j'aime beaucoup les histoires de procès). Enfin, le dénouement est possible grâce à l'intervention de Roosevelt, d'une manière qui est à mon avis peu crédible, alors que tout le reste du roman tenait parfaitement debout: dommage. Mais ce ne sont que des détails, qui pèsent peu de poids par rapport au plaisir que j'ai eu à la lecture de ce roman!

 

L'introduction d'un nouveau narrateur pour un nouveau tome me laissait espérer qu'un troisième membre de la bande prenne en charge un troisième tome: malheureusement, ce n'est pas le cas, et ce roman raconte dans son dernier chapitre ce qu'il advient des différents personnages. Là encore, dommage, j'aurais tellement aimé retrouver la bande!

 

Enfin, je vous conseille vivement de lire l'Aliéniste avant de lire celui-ci, car de très nombreuses références sont faites tout le long du roman.

Ma note: 8.5/10

Mon billet sur l'Aliéniste.

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04 mai 2008

La passion selon Juette

passion_juetteJ'ai lu dernièrement La passion selon Juette, de Clara Dupont-Monod chez Grasset.

 

Première phrase: "Tous les matins, je dois coudre."

 

Juette a treize ans. Fille d'une famille bourgeoise, elle se marie alors qu'elle a la tête encore pleine des histoires de chevaliers et de belles dames. Elle ne comprend pas ce mariage, elle ne comprend pas la maternité, elle ne comprend pas le monde des adultes dans lequel elle entre. Heureusement, elle peut se confier à son ami et confident, Hugues de Floreffe, moine dissident. Mais bientôt les réponses de Hugues ne suffisent plus, et Juliette se lance sur la voie du mysticisme.

Moi qui adore le Moyen-Âge, je m'étais empressée de noter ce titre à la lecture de commentaires élogieux trouvés sur différents blogs de lecture. J'ai été assez déçue par cette lecture. Je m'attendais à plus de narratif et moins d'introspectif, et en plus l'introspectif n'est pas assez concret pour moi. Bref, je suis trop terre à terre pour Juette. Ou alors Juette est trop barrée pour moi, c'est au choix.

 

Cependant, j'ai quand même apprécié certains aspects de ce roman, parmi lesquels le destin peu commun de Juette, et les sentiments très forts qui se tissent entre Hugues et elle. Dans l'ensemble, j'ai d'ailleurs plutôt bien aimé ce roman, et la meilleure preuve en est que je l'ai lu d'une traite. Disons que je suis déçue dans la mesure où je m'attendais à la merveille des merveilles, et que ce n'est à mon avis pas le cas.

Ma note: 7/10

Une autre vie de femme au XIIe siècle: Argile et cendres, de Zoé Oldenbourg, que j'avais adoré.
Ils ont lu La passion selon Juette: Bernard, Flo, Lily, Clarabel, Katell, Florinette, Malice, Thom, et bien d'autres encore (décidément, cela aura été un best-seller chez les bloggeurs!)

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01 mai 2008

Pauline

paulinePour cette nouvelle édition du blogoclub ayant pour thème le XIXe siècle, j'ai lu Pauline de Alexandre Dumas en Flammarion, collection "Etonnants classiques".

Première phrase: "Vers la fin de l'année 1834, nous étions réunis un samedi soir dans un petit salon attenant à la salle d'armes du Grisier, écoutant, le fleuret à la main et le cigare à la bouche, les savantes théories de notre professeur, interrompues de temps en temps par des anecdotes à l'appui, lorsque la porte s'ouvrit et qu'Alfred de Nerval entra."

Pauline, écrit par Dumas en 1838, est un très court roman (170 pages dans mon édition) qui s'inscrit dans la veine du roman gothique. Il nous raconte l'histoire de Pauline, jeune femme dont s'éprend l'ami du narrateur après l'avoir sauvée des griffes de son mystérieux et terrifiant époux.

Bon, par où commencer? Ce roman m'ayant laissé une impression plutôt mitigée, je ne sais pas vraiment par quel bout l'attraper. Tout d'abord, je me suis franchement marrée en pensant au choc des cultures présenté par les lectures du club: je n'ose imaginer ce qui se serait passé si François (Villon) et Pauline s'étaient rencontrés. François qui viole, qui tue, et Pauline, qui s'évanouit lorsque sa main frôle par mégarde celle de son futur époux... assurément, la rencontre aurait pu être explosive!

C'est d'ailleurs là un problème de Pauline: elle est beaucoup trop ... gnan-gnan, geignarde à mon goût. Ne me dites pas que c'est un problème d'époque: dans le même style vierge effarouchée, les personnages de Jane (Austen) ne m'ont jamais donné envie de leur coller des baffes, contrairement à Pauline. Qui s'évanouit pour un oui pour un non, mais surtout qui par moments a quand même un certain toupet.

Un exemple: l'ami du narrateur l'a sauvée et l'a conduite en Angleterre où il la couve. Il est fou d'elle, mais comme c'est un garçon très bien et que ces choses-là ne se font pas, elle lui a fait promettre de rester comme un frère pour elle. On peut donc saluer l'abnégation et la grandeur d'âme du garçon. Celui-ci reçoit une lettre de sa mère, et il décide de rentrer sur le champ en France pour sauver la vie de sa vraie sœur (en gros). Et que lui dit miss Pauline? "Allez donc (...), allez, puisqu'il le faut; mais n'oubliez pas que vous avez en Angleterre aussi une sœur qui n'a pas de mère, dont le seul bonheur dépend désormais de vous, et qui voudrait pouvoir quelque chose pour le vôtre!" Non mais je rêve, où elle est en train de lui reprocher de penser un tout petit peu à autre chose qu'à elle??

D'autre part, la construction de ce roman est un peu tordue: le narrateur semble être Alexandre Dumas en personne, mais suite à un jeu de narrations imbriquées, on a pendant quelques chapitres Alexandre qui nous raconte l'histoire d'Alfred de Nerval qui lui raconte l'histoire que Pauline lui a racontée. Quant comme moi, débordée, vous ne lisez que quelques chapitres le soir avant de dormir, j'aime autant vous dire que vous avez parfois du mal à retrouver qui est le "je" qui parle... Heureusement, l'édition que j'ai lu été annotée, et signalait chaque changement de narrateur.

D'ailleurs, l'édition annotée, parlons-en. C'est normalement quelque chose que j'apprécie lorsque je lis des classiques (un jour il faudra que je fasse un topo sur les notes tant j'ai dit à ce propos tout et son contraire sur ce blog). Mais là je dois dire que je ne sais pas vraiment à qui elle s'adresse: des collégiens sans doute, car les notes sont vraiment au ras des pâquerettes: vocabulaire courant, ou alors très mal expliqué (attenante = contiguë: je ne suis pas sûre que ça aide vraiment ceux qui ne savent pas ce que veut dire attenante...), de très nombreuses notes à caractère géographiques absolument inutiles... Bref, finalement bien peu de notes m'ont paru se justifier. A part les notes, on trouve en avant-propos une chronologie concernant l'auteur dans son temps (je trouve toujours ça intéressant), une petite notice sur le roman. Et à la fin du roman, un espèce de dossier pour le coup clairement adressé à des scolaires, avec la mise en perspective d'autres extraits de romans de différents auteurs, des pistes pour écrire... Donc en fait un peu bof, l'édition. Dommage: je me réjouissais de faire une lecture savante de l'œuvre.

A part ça, ça fait quand même bien plaisir de lire un classique de temps en temps, avec la belle langue, les imparfaits du subjonctif et tout ça. J'ai quand même trouvé un plaisir esthétique à la lecture du roman, même si j'ai trouvé que la langue n'était pas complètement fluide dans les premières pages.

Comme je l'ai dit plus haut, Pauline est un roman gothique: il m'a donc beaucoup fait penser à Northanger Abbey, de Lady Jane, que j'ai préféré à ce roman, que ce soit pour l'histoire ou pour le personnage féminin.

Ma note: 7/10

Les autres avis du club:Belledenuit, Antigone, Sylire, Arlette, Karine, Gambadou, Cathe, Kattylou, NinaSassenach, Jumy, Patacaisse, Kathel, Martine, Florinette, Ori, Jules, Sandrounette, Taylor, Lou, Malice, Beatrix, Catherine, Chimère, Papillon, Suzel,
 

Elles ont lu un autre titre de l'auteur: Kali a lu Les trois mousquetaires, Grominou a lu Le chevalier de Maison-Rouge,

Clochette n'a tellement pas aimé qu'elle a lu un Zola à la place ;-)

A signaler que Patacaisse nous propose, en plus de son commentaire, une surprise beaucoup plus exceptionnelle: serait-ce le premier bébé du blogoclub?
Bienvenu à Romain, et félicitations à ses parents!
 

Pour le 1er juillet, sur le thème du voyage et du dépaysement, nous avons choisi: Un été prodigue, de Barbara Kingsolver.

Le thème suivant, pour le 1er septembre, sera le Japon. Envoyez-nous vos propositions à lecturecommune@yahoo.fr !

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27 avril 2008

The Brooklyn Follies

brooklynJ'ai lu dernièrement The Brooklyn Follies de Paul Auster chez Picador.

Première phrase: "I was looking for a quiet place to die."

Je vais commencer ce billet par une digression. Si vous lisez régulièrement les blogs littéraires, vous êtes forcément au courant que deux très bons blogs ont mis récemment la clé sous la porte: La bibliothèque d'Allie, et Thé toi et lis de Flo. Leurs  conseils avisés me manqueront. Mais si je choisis de vous en parler, c'est parce que je comprends leur choix.

Un blog crée des contraintes, c'est indéniable. Cette année, je me suis forcée plus d'une fois à "poster", pour que le blog continue, alors que j'avais d'autres chats à fouetter, ou simplement pas très envie. Le club de lecture que je co-anime avec Sylire m'a quelque part forcé à continuer: il représente tellement de travail que je ne pouvais décemment pas demander à Sylire de continuer seule.

Mais le blog suscite en moi d'autres angoisses qu'un manque de temps: par moment, j'oublie les raisons profondes qui ont présidé à l'ouverture de ce blog, et je suis tentée de censurer mon propos. Ma plus grosse peur? Ne pas apprécier un chef d'œuvre, ou adorer un navet. Et, accessoirement, sortir des platitudes sur un roman qui mériterait bien mieux.

Et aujourd'hui, me voilà confrontée à cette crainte: que dire d'intelligent, de profond, de fin, d'original sur The Brooklyn Follies? Angoisse de l'écran blanc, ne vaut-il pas mieux se taire, passer sa lecture sous silence plutôt que de faire un faux-pas littéraire?

Puis je me souviens pourquoi est né ce blog: pour partager mes goûts avec des lecteurs, bien sûr, mais aussi - et de plus en plus- pour garder une trace de mes lectures. Et cela suppose que j'écrive vraiment ce que je pense, sans trop en faire, et sans rien taire non plus.

Donc j'ai lu mon premier roman d'Auster, et j'ai adoré. J'ai suivi les aventures de Nathan et de sa petite bande avec grand plaisir, j'aurais aimé que cela continue pendant des centaines de pages. J'ai beaucoup souri, je me suis laissée emportée par les multiples rebondissements. Y compris par la fausse fin, qui est à l'image du reste du roman: pleine de surprise, mais aussi pleine d'espoir. Assurément, je lirai d'autres romans d'Auster, même si je n'ai rien de plus intelligent à raconter dessus.

Ma note: 9/10

Paul Auster a une femme: elle s'appelle Siri Hustvedt, et a écrit Tout ce que j'aimais.
Ils parlent de ce roman:Flo, Nicolas, Laconteuse, Thom, Papillon

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24 avril 2008

Ippon

ipponJ'ai lu dernièrement Ippon de Jean-Hugues Oppel chez Syros Jeunesse.

Première phrase: "Il a plu une heure avant le crépuscule".

Tout a commencé lorsque notre formidable prof de français nous a lu en cours le début de ce roman. Il nous a captivé et a réussi à nous faire peur avec un roman jeunesse. Il a donc fallu que je le trouve pour savoir la fin, et pour me rendre compte par moi-même: ce fichu roman fait-il vraiment peur?

Pour vous donner une idée de l'état d'anxiété dans lequel nous a plongé sa lecture, une de mes camarades de classe a emprunté ensuite le roman à la bibli... et n'a pas pu se résoudre à le lire, tant elle avait peur d'avoir peur. Je vous rappelle que nous parlons bien d'un roman jeunesse, sur la liste du ministère il y a peu encore, et que nous sommes de jeunes adultes entre 22 et 30 ans (grosso modo) appelés à enseigner à vos enfants dans un futur proche. Juste pour bien mettre en perspective l'appréhension de ma collègue, et mon impatience de lire le-dit bouquin.

Les parents de Sébastien sont partis manger chez des amis. Malgré ses treize ans, Sébastien a encore droit à une baby-sitter, Justine, pour rassurer ses parents. Il ne s'en plaint pas: elle le laisse regarder le foot à la télé, et en plus elle a des gros seins, ce qui ne gâche rien. Ce soir, Justine est allée souhaiter bonne nuit à Sébastien, comme d'habitude, et il lui a réclamé un verre d'eau: juste une feinte pour retarder le coucher. Mais Justine ne remonte pas. Sébastien se lève voir ce qui se passe, mais une appréhension lui noue la gorge: la maison est trop silencieuse. Qu'a-t-il bien pu arriver à Justine?

Pour ne pas gâcher le plaisir, je ne vais pas dévoiler l'intrigue, mais sachez cependant que Sébastien va passer une soirée absolument effroyable. Un vrai thriller. Bon, de là à avoir vraiment peur quand on a plus de 15 ans, je ne pense pas (j'essayais tellement de prendre une voix lugubre pour le lire à l'amoureux que je me suis un peu détachée de l'ambiance). En tout cas, très surprenant pour un roman de littérature jeunesse, et qui ne fait pas insulte à son genre.

Je serais bien en peine de déterminer à partir de quel âge on peut lire ça: je ne voudrais pas être responsable de cauchemars enfantins. Je suppose que sa réception dépend de ce que l'enfant connaît déjà: s'il a vu le Silence des agneaux ou Seven, il va se marrer en lisant Ippon. Si au contraire il croit encore au Père Noël, je conseillerai d'attendre encore un peu pour introduire ce genre d'émotions fortes...

8.5/10

De l'autre côté de l'Atlantique, un autre petit garçon a lui aussi passé une sale soirée: Une incroyable histoire, William Irish.

Ils l'ont lu aussi: Sylvie (attention elle dit ce qu'il est advenu de Justine), Nicolas.

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21 avril 2008

L'empire du mal?

empire_malJ'ai lu dernièrement L'empire du mal? Dictionnaire iconoclaste des Etats-Unis de Roger Martin au Cherche Midi.

Un jour où j'allais faire mes courses au supermarché, je suis tombée sur ce bouquin soldé. Que j'ai acheté, puisque je m'intéresse un peu à l'Amérique et la culture américaine. J'aurais pu m'en dispenser.

Ce document est en fait un dictionnaire historique thématique, mais qui fait la part belle aux événements très négatifs et qui ne parle pas en faveur du pays. De "Alamo" à "ZOG", l'auteur nous dévoiles les événements les moins glorieux de l'histoire plus ou moins récente des Etats-Unis.


J'ai appris des choses, c'est indéniable. Mais j'ai quand même était un peu rebutée par le côté manichéen donneur de leçons de l'auteur. Il avance par moments des choses absolument stupéfiantes, et je regrette que les sources ne soient pas mieux identifiées pour chaque entrée. Il y a bien une liste de sources en fin d'ouvrage, mais il aurait été plus sympa qu'elles soient listées en fin de chaque "chapitre", afin de pouvoir approfondir lorsqu'on est intéressé par un sujet ou quand on est tellement sceptique qu'on aimerait aller vérifier l'information par nous-même...

Donc si vous vous intéressez de très près à l'histoire syndicale, à l'extermination des Indiens ou aux relations Blancs-Noirs, sautez sur ce bouquin, vous y trouverez du grain à moudre. De même si vous êtes persuadés que les Etats-Unis sont un pays de fachos racistes et violents. Si vous cherchez un portrait nuancé et qui rende justice à tous les aspects de la question, passez votre chemin...


Ma note: 5/10

Je ne vous renvoie pas plus vers American Vertigo, de BHL, qui m'avait laissée tout aussi sceptique, même si pour d'autres raisons.

Par contre, je garde un bon souvenir de Good Morning America de Nicole Bacharan, qui m'a été offert il y a quelques années par une amie très chère. Dix portraits d'américains légendaires, de Pocahontas à Steven Spielberg, facile à lire, sans aucune pédanterie. Et en plus, la couverture est autrement plus jolie...

good_morning_america


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14 avril 2008

Verte

41fvLNu4pYLParce qu'il n'y a pas que les concours dans la vie, j'ai lu récemment Verte de Marie Desplechin chez L'école des loisirs.

Première phrase: "Sur Terre, tout le monde a le droit de se plaindre."

Verte n'a pas de chance: non seulement elle a un prénom ridicule (il faut bien en convenir), non seulement elle ne connaît pas son papa, mais en plus sa sorcière de mère veut absolument qu'elle reprenne le flambeau de la sorcellerie. Et ça, Verte ne veut pas en entendre parler: elle veut être une petite fille normale, pour pouvoir avoir une vie normale et se marier, pourquoi pas avec son copain d'école Soufi.

Pour remettre sa fille dans le droit chemin, sa mère Ursule la confie à sa propre mère, Anastabotte, afin que celle-ci lui montre les bons côtés du métier. Anastabotte, bien que sorcière dotée des attributs traditionnels (non pas le balai et le chapeau pointu, mais la sombre cave remplie de crapauds desséchés), est également une mamie aimante, qui fait des crêpes, qui invite Soufi au goûter, et qui voudrait surtout que sa petite-fille Verte soit heureuse. Même si elle doit pour cela l'aider à retrouver son père...

Voilà un roman jeunesse bien réjouissant. C'est un roman à narrateurs multiples: tout est écrit à la première personne du singulier, mais les différents personnages prennent en charge quelques chapitres, avant de laisser la parole au suivant. Moi qui adore ce procédé, je dois dire que ce roman est assez réussi! Il est surtout très sympathique, avec ces personnages de sorcières modernes, avec le traitement du personnage de Soufi (Anastabotte lui demande à mots couverts d'où il est originaire, car le garçon se plaint de ne voir que très rarement ses grands-parents, et nous lecteurs nous attendons à ce qu'il évoque l'Afrique du Nord, mais  il répond que ceux-ci vivent... en Bretagne).

Un roman très divertissant donc, qui devrait plaire à bien des petites filles (à partir du CM1).

Ma note: 8.5/10

L'avis de Clochette, Nicolas.
"Verte" a une suite, elle s'appelle "Pome": chez Clochette, Cathulu, Gawou, Clarabel ...

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11 avril 2008

La passion Lippi

passion_lippiJ'ai lu dernièrement La passion Lippi de Sophie Chauveau en Folio. Il s'agit du premier tome d'un triptyque consacré aux peintres de la Renaissance Italienne, avec  Le rêve Boticelli et L'obsession Vinci.

 

Ces derniers temps, ce sont souvent les blogs qui me soufflent mes lectures, mais celle-ci m'a été inspirée par la radio. J'écoute énormément la radio, je n'ai pas la télé dans mon studio d'étudiante, et je mets la radio dès que je peux (dès que je ne bosse pas mes cours, en fait). Donc il y a quelques temps, Sophie Chauveau était invitée début février dans l'émission de Jacques Pradel sur Europe1 (très bien, cette émission, par ailleurs; je salue au passage l'étonnante reconversion de Mr Perdu de Vue et autres daubes). L'enthousiasme et l'érudition de Sophie Chauveau m'ont vraiment convaincu de me pencher sur son triptyque, d'autant plus que la peinture est un sujet qui m'intéresse beaucoup (bien que je ne sache pas dessiner la moindre chose et que je n'aie aucune connaissance en histoire de l'art). Donc quand je suis tombée sur ce roman à la bibli, je me suis jetée dessus.

Ce roman est une biographie très romancée de Filippo Lippi, que Sophie Chauveau tient pour l'un des précurseurs de la Renaissance. Son nom a été oublié en France, bien qu'apparemment une de ses Vierges ait connu des moments de gloire dans les années 1950 comme image de communion. Si j'ai tout bien compris à l'émission radio, Lippi est le premier a avoir fait monnayer aux mécènes le talent propre du peintre, en plus des pigments et du temps passé, faisant ainsi passer les peintres de l'artisanat à l'art. Il est accessoirement le maître de Boticelli.

tableau_lippi

Tableau piqué .

 

Ça pourrait sembler un peu morne, une biographie d'un peintre italien du XVe siècle, mais c'est sans compter la vie incroyable de Lippi. Recueilli enfant par un Médicis qui reconnaît immédiatement son talent, il est placé au couvent des carmes de Florence. Il apprend la peinture auprès d'un maître, et devient moine. Les grandi florentins soupçonnent-ils que ce génie de la peinture passe toutes ses nuits dans les bordels, et ne peut peindre qu'après avoir traité en reines les putains de la ville? En tout cas, fra Lippi mène sa double vie sans trop de soucis jusqu'à ce que, déjà, âgé, il tombe amoureux de celle qu'il ne fallait pas. La vie se complique pour le moine scandaleux, obligé de fuir avec son aimée enceinte, mais toujours soutenu par la famille Médicis et par son fidèle ami Diamante.

J'ai beaucoup aimé ce roman biographique, j'ai adhéré aux scènes choisies par l'auteur, j'ai traîné dans les chantiers de peinture de Florence. Mais il y a quand même un gros bémol: le style littéraire de Sophie Chauveau m'a beaucoup gênée. Elle utilise énormément de points d'exclamation, et à des phrases qui me semblent mal choisies. Ça m'a vraiment agacée, car il est rare que le style d'un auteur me dérange vraiment dans ma lecture. Et c'est d'autant dommage que j'ai vraiment aimé (presque) tout le reste. Presque, parce qu'il y a également quelques petites envolées lyriques qui m'ont laissée de marbre. Donc au final, je suis quand même contente d'être passée au dessus de l'agacement du début, car j'ai aimé l'histoire, et j'ai trouvé la fin très bien écrite. Je pense que je lirai quand même les deux autres tomes, car le fond vaut vraiment le coup. A vous de voir si vous supportez les défauts de style ou non.

Ma note: 8/10

Stéphanie aussi a un avis mitigé, Nanne a adoré.
L'émission de Pradel n'est malheureusement plus en écoute.

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08 avril 2008

Oedipe schlac! schlac!

oedipeJ'ai lu dernièrement Oedipe schlac! schlac! de Sophie Dieuaide chez Casterman junior.

 

Première phrase: "- Non, non et non! Il n'est pas question de jouer la suite de votre "Godzitor", a dit la maîtresse du bout des lèvres."

 

Dans la classe de Ludovic, la maîtresse a décidé que cette année pour la fête de l'école, ils allaient offrir un spectacle de qualité et jouer "Oedipe roi". Bon, pas la version de Sophocle, plutôt une version adaptée par les élèves, avec les moyens scéniques du bord. Et au final, la tragédie finit quand même par ressembler au Godzitor de l'année précédente.

Voilà un petit roman bien sympa, qui a presque un goût de vécu. Elle en a de l'ambition, cette maîtresse! Vouloir faire improviser ses élèves sur Oedipe, ça sentait le plantage dès le départ! Mais un plantage très amusant, où on voit l'enthousiasme des enfants compenser leurs maladresse. A la fin du roman, Ludovic nous propose le texte de leur pièce de théâtre. Je regrette cependant qu'il s'agisse du texte de la pièce telle qu'elle s'est jouée dans le roman, et non de la pièce telle qu'elle aurait dû se jouer: cela aurait pu être drôlement sympa de monter la pièce dans les classes après la lecture du roman!

Donc un petit roman sympa, pas très littéraire ni très profond, mais drôle et juste.

    Ma note: 8/10

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