04 juillet 2009
Le pique-nique du diable
J'ai lu Le pique-nique du diable: Un tour du monde des fruits défendus de Taras Grescoe traduit par Florence Hertz aux éditions Noir sur Blanc.
Première phrase: "J'ai joué à cache-cache pendant un an avec le diable."
Taras Grescoe est un jeune écrivain et journaliste canadien. Pendant un an, il s'est intéressé aux aux substances et aliments interdits de par le monde, afin de proposer une réflexion sur les limites et les conséquences de l'interdiction, notamment le trafic et l'excès. Il s'interroge également sur le bien-fondé de certaines interdictions sanitaires.
"Je m'étais fixé la tâche de dénicher et de goûter tous les fruits défendus, au mépris de ceux qui veulent réglementer mes désirs. En douze mois de voyages à travers sept pays, j'ai rencontré des attitudes diamétralement opposées vis-à-vis de la prohibition, en passant de la tolérance des Etats providence à la sévérité des Etats nounou, de l'indifférence polie à la xénophobie la plus extrême, sans parler de la patience perplexe des pays en voie de développement, dont les principales ressources naturelles sont mises en danger par les prohibitions des autres pays." p 13
En Norvège, il a goûté à la gnôle locale titrant à 96° tout en s'interrogeant sur le rapport entre prohibition et binge drinking. Il a ensuite introduit des biscuits au pavot à Singapour, pays figé qui a oublié ce qu'est le plaisir. Puis a cherché de l'Epoisses au lait cru en France et s'est interrogé sur les interdictions sanitaires en cours en Amérique du Nord. En Espagne, il a testé les testicules de taureaux et les alevins d'anguille. Il a recherché les derniers bars fumeurs aux États-Unis. Il a goûté plusieurs absinthes en Suisse, afin de trouver la vraie. A Bayonne, il a bu du chocolat au lait en se demandant dans quelle mesure le chocolat différait d'une drogue. Et d'ailleurs, il a poursuivi son voyage en Bolivie, pour boire du maté de coca, une infusion de feuilles de coca. Finalement, la seule chose que Taras Grescoe n'a pas lui-même goûté au cours de ses recherches, c'est le pentobarbital sodique que des malades du monde entier partent absorber en Suisse afin d'abréger leurs souffrances.
Je suis gourmande et curieuse, deux bonnes raisons de lire ce livre. C'est une lecture sympathique, évidemment très contestataire, qui m'a rappelé Michael Moore et Antoine de Maximy. On peut toutefois reprocher une construction simpliste et répétitive, chaque chapitre s'ouvrant sur le but du voyage, puis différentes rencontres, avant une réflexion sur le bien-fondé ou non de l'interdiction. C'est le seul reproche que je ferais à ce livre.
Il s'agit d'une lecture distrayante, mais proposant une vraie réflexion sur le libre-arbitre de l'individu confronté à des lois parfois injustifiées. Lorsque l'on referme ce livre, on n'a qu'une envie: manger un morceau de fromage au lait cru, boire un bon petit verre, et savourer les plaisirs simples de la vie, en gardant à l'esprit que certains sont peut-être en péril.
Ma note: 8/10
01 juillet 2009
We were the Mulvaneys
Pour cette nouvelle édition du blogoclub consacrée à la famille, j'ai donc lu We were the Mulvaneys de Joyce Carol Oates chez Fourth Estate (titre en français: Nous étions les Mulvaney).
Première phrase: "We were the Mulvaneys, remember us?"
Judd Mulvaney est le petit dernier d'une famille heureuse de quatre enfants: il vit avec son père Michael et sa mère Corinne, ses frères Mike Jr et Patrick, sa soeur Marianne. Ils vivent dans une maison incroyable, perchée au sommet d'une colline, et entourée d'une myriade d'animaux domestiques. Michael est un entrepreneur, un vrai self-made-man à l'américaine, respecté et apprécié de toute la petite communauté de Mt Ephraim. Corinne est plus originale, mais sa bonne humeur inoxydable en fait une mère adorable. Mike "Mule" Mulvaney est le sportif adoré de son lycée, Patrick a tout d'un petit génie, et la jolie Marianne est pom-pom girl et très populaire dans son lycée. Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes chez les Mulvaney, à tel point que ça commençait à me lasser un peu, La mélodie du bonheur...
Mais évidemment, l'Homme n'est pas voué à passer sa vie dans l'Eden, et là-encore la Faute originelle est due à une femme: un soir de bal de Saint Valentin, alors qu'elle assiste à diverses soirées données par des camarades de lycée, quelque chose arrive à Marianne. Quelque chose d'horrible, et pourtant plutôt banal dans un roman américain. Mais ce qui est moins banal, c'est l'impact de ce drame sur la si parfaite famille Mulvaney.
Je ne voudrais pas gâter la lecture de ceux qui ne l'ont pas encore lu,
alors je m'arrête là.
Cette lecture a été plutôt laborieuse en ce qui me concerne. Certes j'ai eu beaucoup de travail pendant que je le lisais, mais d'habitude cela ne constitue pas une excuse. Pourtant, j'ai plutôt aimé ce roman. Alors?
Alors, comme je l'ai déjà dit, le tableau de la famille parfaite m'a un peu lassé au bout d'un moment. Il était temps qu'il se passe quelque chose! Et ce qui se passe, ben ça n'a pas été une surprise. L'impression de lire toujours la même histoire dans les romans américains où il est question de lycéens. C'est ensuite que le roman a vraiment décollé, à mon avis. La manière qu'ont les parents de réagir est pour le moins inattendue au vu du tableau parfait qui nous avait été dressé. Et là, on tombe dans une autre histoire.
L'histoire d'un engrenage de bonheur qui s'enraye et qui entraîne l'implosion de la machine entière. L'histoire d'une jeune fille qui porte une poids de la culpabilité pour une chose dont elle n'est pas la coupable. L'histoire d'une femme qui a tellement d'amour pour son mari qu'elle en oublie d'en garder pour ses enfants. L'histoire de frères qui ne savent plus où se situer dans cette famille qui n'est désormais qu'une constellation de gens malheureux.
Donc pour moi, l'histoire commence réellement p 187. Et j'ai trouvé que les 186 premières pages auraient pu tenir en, disons, 50. C'est le gros reproche que je ferais à ce livre. A part ça, j'ai beaucoup aimé le reste du livre, je l'ai trouvé évidemment très émouvant. La fin est assez ambivalente à mon avis, car si le livre "se finit bien", le personnage de la mère n'est pas excusable à mes yeux.
Ma note: 8/10
Les avis du club: Sylire, Gambadou, Jumy, Grominou, Cléanthe, Françoise, Ori, Keisha, Manu, Denis, Thais, Papillon, Martine, Marie, Soie, Thracinee, Taylor, Chimère, Armande,
Kathel , Praline et Ankya ont lu Délicieuses pourritures, Stephie a lu Viol, Alice et Annie ont lu Nulle et grande gueule, et Annie a également lu Je vous emmène, tous ces titres de Joyce Carol Oates.
Sur le thème de la famille, Lou a lu La troisième Miss Symons, et Nanne a lu Malavita de Tonino Benaquista.
Pour le 1er septembre, sur le thème du Canada francophone, nous lirons La tournée d'automne, de Jacques Poulin.
Pour le 1er novembre, lecture libre autour de Boris Vian!
26 juin 2009
Fraisier
Invitée chez des amis, je me suis proposée de faire le dessert. Cela commençait à faire longtemps que je n'avais pas cuisiné (comme vous avez pu vous en rendre compte), et c'était une bonne occasion pour m'y remettre. Et pour ça, j'avais envie d'un petit défi, de quelque chose que je n'avais encore jamais fait. C'est ainsi que j'ai décidé de faire un fraisier. Pour la recette, je me suis appuyée sur celle du blog Amuses bouche. Mais j'ai adapté les quantités et les déroulés selon mes contraintes.
Fraisier
(+/- 8 parts, 22 cm de diamètre)
Génoise
- 4 œufs
- 130g sucre
- 130 farine
Crème
- 265g lait
- 130g sucre
- 2 œufs
- 40g maïzena
- 130g beurre
- 15 cl mélange rhum/sirop de fraise/eau ou 22g liqueur de fraise
Sirop
- 66g eau
- 80g sucre
- 5 cl mélange rhum/sirop de fraise ou 8g liqueur de fraise
-fraises
- pâte d'amande
Commencer par la crème:
Faire bouillir le lait avec 65g de sucre. Pendant ce temps, blanchir les œufs avec 65g de sucre. Ajouter la maïzena. Lorsque le lait bout, verser sur le mélange œuf/sucre/maïzena. Puis remettre sur le feu jusqu'à épaississement sans cesser de mélanger. Lorsque le mélange a épaissi, ajouter hors du feu 65g beurre. Filmer et laisser refroidir.
Au moment du montage: incorporer à la crème 65g de beurre ramolli et le mélange rhum/sirop de fraise/eau.
Génoise:
En deux fournées: blanchir 2 œufs avec 65g de sucre. Faire mousser jusqu'à ce que le mélange prenne du volume. Ajouter 65g de farine tamisée. Faire cuire dans un moule à manqué chemisé de papier sulfurisé 12 min dans un four à 180°C. Recommencer l'opération pour la deuxième génoise.
Sirop:
Mettre a bouillir l'eau et le sucre, puis ajouter le mélange rhum/sirop. Verser de ce sirop sur les génoises encore tièdes.
Montage:
Sur une génoise imbibée, étaler une couche de crème. Disposer des fraises, puis à nouveau une couche de crème pour recouvrir entièrement les fraises. Recouvrir avec la deuxième génoise imbibée. Recouvrir d'une couche de crème. Faire un décor en pâte d'amande (pour faire une rose, découper à l'emporte pièce des petits cercles et aplatir avec les doigts pour figurer les pétales).
Ce fut une belle réussite! La crème est absolument délicieuse, et avec des fraises goûteuses, c'était parfait. Si je devais changer une seule chose, cela se situerait au niveau de la génoise. Je crois que la mienne n'était pas complètement réussie, car un peu massive. La prochaine fois j'essaierai de faire quelque chose de plus léger, peut être en incorporant un brin de levure. Mais là je pinaille, car franchement ce fraisier était très bon! C'est donc officiel: je sais faire les fraisiers!
21 juin 2009
A concise Chinese-English dictionary for lovers
J'ai lu A concise Chinese-English dictionary for lovers de Xiaolu Guo chez Vintage Books (titre en français: Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants).
Première phrase: "What are you thinking?"
Z., une jeune chinoise de 23 ans au nom imprononçable, vient apprendre l'anglais à Londres pendant une année d'étude. Très rapidement, elle rencontre un sculpteur de vingt ans son aîné, et elle part s'installer chez lui. Mais les difficultés de la langue s'ajoutent aux difficultés culturelles, sans parler des difficultés inhérentes à toute histoire d'amour.
J'ai au départ été beaucoup gênée par l'anglais très particulier de Z. Au début du livre (et de son voyage), elle parle un anglais qui lui est tout personnel, les mots juxtaposés sans aucune marque grammaticale (ou alors, erronées!). Je me demande si ce n'est pas encore plus difficile à lire pour quelqu'un dont l'anglais n'est pas la langue maternelle? Heureusement, on s'habitue, et l'anglais de Z. s'améliore au fil du temps (et des pages).
Ça, c'était ma première critique. Ensuite, j'ai été un petit peu déçue par le contenu. Je m'attendais à plus de chocs culturels entre les deux amants, et hormis les passages consacrés au sexe, il n'y a pas trop matière à réflexion quant aux différences culturelles. Quant à l'histoire d'amour, je l'ai trouvée au départ très factuelle, et a peu suscité d'émotions en moi. Mais les choses s'améliorent sur le dernier tiers du roman, ce qui explique que j'ai lu ce roman sans déplaisir, au contraire. Cependant, j'en attendais quand même beaucoup plus.
Ma note: 7/10
17 juin 2009
Retour à la grande ombre
J'ai lu Retour à la grande ombre de Hakan Nesser traduit par Agneta Ségol et Pascale Brick-Aïda en Points.
Première phrase: "C'était le premier jour."
Je ne sais pas si je vous ai dit, mais cet été je pars en vacances en Suède et en Norvège. Du coup, je piste un peu les romans de là-bas, histoire de me mettre dans l'ambiance. C'est comme ça que je suis tombée sur ce polar suédois. Je ne suis pas certaine qu'il s'agisse de la première enquête du commissaire Van Veeteren: éditeurs, soyez sympas, indiquez clairement sur vos polars l'ordre des enquêtes! Vous rendrez un fier service aux maniaques de mon acabit qui préfèrent commencer par la première enquête...
Un homme sort de prison. Malheureusement, il n'aura pas le temps de profiter de sa liberté retrouvée: son cadavre est ensuite retrouvé près de la ferme de la Grande Ombre. D'ailleurs, ce n'était pas n'importe quel homme: un ancien champion d'athlétisme, condamné par deux fois pour le meurtre de deux femmes. L'irascible inspecteur Van Veeteren étant au repos pour raisons médicales, son équipe s'interroge: qui a bien pu assassiner Verhaven? Un parent de victimes estimant qu'il n'a pas assez payé? Ou quelqu'un qui aurait intérêt à ce qu'il ne parle jamais?
Un bon petit polar des familles, qui m'a rappelé La femme en vert d'Indridason par la narration faite d'allers-retours dans le passé. L'intrigue n'est pas absolument révolutionnaire, mais on la suit avec plaisir, le personnage de Van Veeteren est plutôt amusant. Pas impossible du tout que je lise un autre livre de la série, en particulier Le mur du silence, dont le pitch me plaît bien...
Ma note: 8/10
07 juin 2009
Le Montespan
J'ai lu Le Montespan de Jean Teulé chez Pocket.
Première phrase: "Le samedi 20 janvier 1663, vers onze heures du soir, au sortir du Palais-Royal où Monsieur - le frère du roi - donne un grand bal, deux jeunes hommes, suivis par six autres, déboulent dans la rue."
J'ai découvert Jean Teulé par l'intermédiaire du blogoclub, pour lequel nous avions lu Je, François Villon, qui m'avait vraiment emballé. Et peu de temps après, j'avais entendu Jean Teulé présenter son nouveau livre dans une émission radio, et il m'avait convaincue.
Consacrer un roman à un mari cocu, éploré et audacieux, en voilà une idée originale!
Louis-Henri de Pardaillon, marquis de Montespan, est fou amoureux de sa jeune épouse Françoise, bientôt appelée Athénaïs. Il n'en revient pas de son bonheur, tous les problèmes glissent sur eux, puisqu'ils s'aiment et qu'ils sont ensembles, c'est le principal.
Mais la belle Athénaïs a d'autres ambitions, et après avoir donné deux enfants à son époux amoureux mais désargenté, elle devient dame d'honneur de la reine. Elle part à la cour, c'est formidable! Les belles robes, l'argent facile, la vie de loisirs... Et ce bon Louis-Henri n'y trouve rien à redire: enfin le couple gagne de l'argent! Certes, sa chère et tendre ne vit plus avec lui, mais il n'y voit rien de mal, il a confiance en elle... Plus qu'elle-même, qui voit venir le danger et l'en prévient: "Versailles est un pays effroyable et il n'y a pas de tête qui n'y tourne. La cour change les meilleurs." (p 92)
La suite, on la connait puisqu'elle appartient à l'Histoire. La Montespan, favorite du roi-soleil pendant une douzaine d'année, qui lui donna sept petits bâtards. Mais ce que l'on ne savait pas, c'est que Louis-Henri s'est battu jusqu'au bout pour arracher sa femme à la cour, pour qu'elle revienne vivre auprès de lui, pour que leur amour redevienne celui de leur rencontre.
Et qu'il est impressionnant, ce gascon fort en gueule, têtu, effronté. Il refuse tout bénéfice de la position de sa femme, il défie le roi en personne! Il est cocu et le royaume entier le sait: soit, il jouera le rôle du cocu dans toute sa splendeur!
J'ai beaucoup aimé ce nouveau roman de Teulé, dans lequel on retrouve les mêmes ingrédients que dans celui consacré à Villon: c'est cru, mais quand même bien moins que le précédent (pour rassurer ceux qui ont été un peu échaudés). Je trouve que le personnage du Marquis méritait bien un roman, car si la moitié de ce qui est raconté est vrai, il s'agissait d'un personnage incroyable. Oser défier le roi-soleil pour l'amour de sa femme, ça a quand même de la gueule. Inviter le voisinage à l'enterrement de son amour aussi. Bref, une très grande sympathie pour ce personnage, qui porte le roman. Quant à la forme, outre de petites images commentées, il y a de l'humour dans le texte, et parfois les mots s'envolent et se suivent dans un ordre peu conventionnel, et ces ruptures de rythme m'ont plutôt séduites.
Ma note: 8,5
Un autre roman de Jean Teulé: Je, François Villon
24 mai 2009
Comme un roman
J'ai lu dernièrement Comme un roman de Daniel Pennac chez Gallimard.
Première phrase: "Le verbe lire ne supporte pas l'impératif."
Comme son titre ne l'indique pas, ceci n'est pas un roman. Il s'agit plutôt d'un essai sur la lecture, ou plus exactement sur les jeunes et la lecture. C'est le professeur Pennac qui parle, et qui s'interroge: comment sa fait-il que les enfants qui aimaient tant qu'on leur lise des histoires n'en lisent plus une fois autonomes? Comment faire pour leur redonner le goût de lire? Avant de conclure sur les dix droits imprescriptibles du lecteur, dont le tout premier est évidemment "le droit de ne pas lire".
Morceaux choisis:
"Le verbe lire ne supporte pas l'impératif. Aversion qu'il partage avec quelques autres: le verbe "aimer"... le verbe "rêver"...
On peut toujours essayer, bien sûr. Allez-y: "Aime-moi!" "Rêve!" "Lis!" "Lis! Mais lis donc, bon sang, je t'ordonne de lire!" p 13
"Une seule condition à cette réconciliation avec la lecture: ne rien demander en échange. Absolument rien. N'élever aucun rempart de connaissances préliminaires autour du livre. Ne pas poser la moindre question. Ne pas donner le plus petit devoir. Ne pas ajouter un seul mot à ceux des pages lues. Pas de jugement de valeur, pas d'explication de vocabulaire, pas d'analyse de texte, pas d'indication biographique... S'interdire absolument de "parler autour".
Lecture-cadeau.
Lire et attendre.
On ne force pas une curiosité, on l'éveille.
Lire, lire, et faire confiance aux yeux qui s'ouvrent, aux bouilles qui se réjouissent, à la question qui va naître, et qui entraînera une autre question." p 127
Au final, une lecture fort agréable, un livre qui se dévore en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Beaucoup trop court, d'ailleurs, c'est là le seul reproche que je peux lui faire.
Ma note: 9/10
17 mai 2009
Le monde perdu de Joey Madden
J'ai lu récemment Le monde perdu de Joey Madden de David Payne traduit par Françoise Cartano en 10/18.
Première phrase: "Je suis tombé sur les photos accidentellement, il y a quelques années, trésor secret dans sa cachette, sous une couche de poussière, au fond d'un tiroir."
Joey est une petit garçon d'une dizaine d'années. Avec son petit frère Reed, ils assistent impuissant au déchirement du mariage de leurs parents, May et Jimmy. Pourtant, entre ces deux-là, l'histoire avait bien commencé, malgré un bébé imprévu qui en 1954 précipite le mariage et sonne le glas des espérances des uns et des autres. Joey, comme tous les enfants dans sa situation, ne souhaite qu'une chose: que ses parents se réconcilient, et que la vie reprenne comme avant. Comme avant les traces de pas sur la véranda au petit matin.
Malgré un départ assez sceptique, j'ai été en quelque sort hypnotisée par cette lecture. J'ai trouvé les personnages très vraisemblables, et j'ai développé un réel attachement au grand-père Pa, philosophe alcoolique mais vrai repère dans la vie de Joey. C'est une histoire à trois voix que nous entendons: Joey, May et Jimmy nous racontent leurs motifs, leurs émotions, leurs déceptions. C'est évidemment extrêmement émouvant, et c'est un très beau moment de lecture (malgré quelques traductions qui m'ont dérangées, et un prologue absolument inutile à mon avis).
Ma note: 8,5/10
11 mai 2009
The pillars of the earth
J'ai lu dernièrement The Pillars of the Earth de Ken Follet chez Pan (édition différente de l'illustration). Titre en français: Les piliers de la terre.
Première phrase: "The small boys came early to the hanging."
En Angleterre, au XIIe siècle, Tom est un bâtisseur. Il erre sur les routes avec sa femme enceinte, et ses enfants Martha et Alfred. Il rêve de construire une cathédrale, mais les temps sont durs. Si durs qu'il ne trouve de travail nulle part, et que la survie de la famille est menacée. Sa route croise alors celle d'Ellen et de son fils Jack, des créatures de la forêt. Grâce à ce dernier, Tom peut enfin réaliser le rêve de sa vie: bâtir la cathédrale de Kingsbridge, sous la houlette du prieur Philip.
Bon ça, ce n'est que le tout début du roman. Car c'est un énorme pavé de plus de 1000 pages, mais qui se dévore comme qui rigole, à tel point qu'on pourrait encore en lire 1000 de plus avec grand plaisir. Je ne voudrais pas trop en raconter, je me contenterai simplement de dire qu'au cours des décennies, nous suivons les tribulations de Jack d'une part, d'une jeune femme courageuse nommée Aliéna, du terrible William, et du respectable prieur Philip.
Car une des forces de ce roman est sans conteste la richesse de sa galerie de personnages, qui suscite tous des sentiments tranchés, aucun ne pouvant laisser indifférent. Certains d'entre eux se payent même le luxe d'être plus ou moins sympathiques au fil du temps, au gré des événements. Un autre point fort est l'impression d'être au cœur des choses, de prendre part à l'évolution du village de Kingsbridge.
Bref, un roman que j'ai adoré, une vraie fresque historique qui même habillement histoire de l'Angleterre et histoires personnelles des personnages. Il me tarde déjà de lire la suite, World without End (Un monde sans fin), qui se passe à Kingsbridge au XIVeme siècle, et qui met en scène les descendants des personnages de ce roman.
Ma note: 9/10
(j'aurais poussé à 9,5 si le personnage du méchant, William, avait été un peu plus nuancé,
ce qui aurait rendu ses combats avec les autres personnages encore plus profonds)
01 mai 2009
L'instinct d'Inez
Pour cette nouvelle édition du Blogoclub consacrée au Mexique, j'ai donc lu L'instinct d'Inez de Carlos Fuentes traduit par Céline Zins en Folio.
Première phrase: "-Nous n'aurions rien à dire sur notre mort."
Quelle lecture laborieuse! J'ai commencé ce roman un soir à 2h du matin, après une soirée joyeuse en compagnie de bons amis. Je n'ai rien compris à la dizaine de pages que j'ai lu: j'ai mis cette incompréhension sur le compte des quelques verres d'alcool que j'avais bus. Mais lorsque le lendemain soir j'ai repris le roman, il a fallu que je me rende à l'évidence: cela ne venait pas de l'alcool. Même à jeun, je ne comprenais rien à ce roman. Rien sur le fond, ce que je trouve toujours extrêmement désagréable, mais en plus j'avais beaucoup de mal avec le style, que je trouvais très lourd.
C'est à ce moment-là que je me suis dit que ce roman serait certainement la première lecture commune que je ne terminerais pas. Je décidai néanmoins de pousser jusqu'à la page 50, syndrome de la bonne élève oblige. Puis page 50, il se passait enfin quelque chose, les deux personnages principaux étaient en week-end à la mer. J'ai donc poussé par curiosité, pour voir comment cela allait tourner. Puis le chapitre suivant me replongea dans un abîme de perplexité, et mon sentiment d'incompréhension totale revint au galop. Mais finalement, le chapitre consacré à la femme originelle (appelons-là comme ça, je ne sais pas comment l'appeler autrement) m'a plus plu que les chapitres consacrés au chef d'orchestre à la cantatrice, mon esprit tordu ayant fait une association d'idée avec la série de Jean Auel, dont j'avais beaucoup aimé les premiers tomes. Donc j'ai encore poursuivi ma lecture.
C'est comme ça que je suis arrivée à la page 100. Et une fois à la page 100, autant aller au bout. C'est comme ça que j'ai finalement terminé ce roman: à l'insu de mon plein gré, parce que moi je voulais arrêter de le lire.
J'ai compris l'aspect littéral du roman, mais je n'ai rien compris du tout au message de l'auteur, à ce qu'il voulait dire. Parce qu'un roman aussi bizarre se doit forcément de dire autre chose que ce qui est écrit. Or je n'ai pas su entendre. J'en garde donc l'impression d'un truc très étrange et objet de perplexité. Dans l'ensemble, je n'ai pas aimé. Même si certaines choses m'ont plu, cette lecture ne fut pas agréable. Il me tarde donc beaucoup de lire les autres critiques du club, dans l'espoir que quelqu'un éclaire ma lanterne. En attendant et en ce que me concerne, je ne suis pas prête de lire un autre roman de Carlos Fuentes.
Ma note: 3/10
PS: Il est entre autre question dans ce roman de voix et de cris. Or, juste après avoir refermé le roman, j'ai attaqué ma lecture suivante, Le combat d'hiver de Jean-Claude Mourlevat. Et voici la première chose que j'y ai lue, la citation qui illustre la première partie: "Il y a dans la voix humaine quelque chose qui, émanant de l'âme, touche la nôtre au plus profond." Surprenant comme deux romans extrêmement différents peuvent parfois se répondre.
Les autres avis du club:Annie, Arlette, Cécile, Cléanthe, Denis, Drine, Emilie, Catherine, Jules, Julien (qui propose un article très complet et érudit), Kathel, Kattylou, Keisha, Lou, Lune de Pluie, Malice, Manu, Martine, Nina, Ori, Papillon, Praline, Saraswati, Soie, Stéphie, Sylire, Thais, Thracinee, Yvon.
Cathe a lu La frontière de verre, Grominou a lu En inquiétante compagnie, Katell Bouali est en train de lire Terra Nostra, Lou a lu Brillant, Sandrounette a lu Portraits dans le temps et Florinette annonce par post-it qu'elle a abandonné le livre "pour cause d'ennui mortel".
Le 1er juillet, sur le thème de la famille, nous publierons nos billets sur Nous étions les Mulvaney de Joyce Carol Oates.


