carr_reLorsque nous étions encore l'année dernière, j'ai lu D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère chez Folio.

 

Première phrase: "La nuit d'avant la vague, je me rappelle qu'Hélène et moi avons parlé de nous séparer."

 

Lorsque ce livre est sorti en grand format, je me souviens avoir écouté Le masque et la plume qui y était consacré. A l'époque, en dépit de la bonne image que j'ai de l'auteur (j'avais adoré L'adversaire), je m'étais dit que ce livre n'était pas pour moi car infiniment trop triste, qu'il n'allait réussir qu'à me faire pleurer, et que je n'avais pas du tout envie de ça.

 

Mais lorsque j'ai eu l'opportunité de l'obtenir gracieusement de la part de Folio, je me suis dit que ça pouvait valoir le coup.

 

Et ça a valu le coup. Même si c'est vrai, ce livre est infiniment triste. Mais comment pourrait-il en être autrement, lorsqu'il s'agit d'évoquer la disparition d'une petite fille lors du tsunami de décembre 2004, et celle d'une mère de famille, emportée par le cancer avant même d'avoir quarante ans. Comment pourrait-on lire l'histoire de ces parents désemparés, de ces petites filles qui poussent malgré tout, même si la plus jeune n'était encore qu'un bébé lorsque sa mère s'est éteinte, le jour même de la fête des écoles de ses sœurs aînées?

 

Alors bien sûr j'ai pleuré. Mais finalement moins que ce que je redoutais. Et malgré cette tristesse, cette injustice, j'ai aimé le livre. Carrère arrive à adopter un ton assez détaché pour ne pas sombrer dans le mélo bon marché, et pour conférer à ces disparitions injustes la dignité qu'elles méritent. Décidément, c'est un auteur qui me plaît.

Ma note: 9/10