15 octobre 2009
Marie-Antoinette
Déjà presque un mois sans billet, décidément ce n'est plus ce que c'était. Peu de cuisine, très peu de temps pour lire, et la matière de mon blog disparaît. Tout comme, ces derniers temps, l'envie de "voler" du temps ailleurs pour faire vivre cet espace. Cela ne m'inquiète pas, après tout je n'ai pas d'obligation de publication! Les billets arriveront donc ... quand ils arriveront, avec quand même des rendez-vous incontournables, comme le Blogoclub dont la prochaine édition est le 1er novembre. J'en profite par ailleurs pour remercier les visiteurs qui laissent un commentaire, cela fait énormément plaisir, même si je n'ai pas pris le temps d'y répondre individuellement. Bienvenue donc à joey7lindley, Fodio, Theoma, Melle Nouille, Bouh, Marc, MamZelle...
Redevenons sérieux: je suis de retour car j'ai lu Marie-Antoinette de Stefan Zweig traduit par Alzir Hella en Livre de Poche.
Première phrase: "Écrire l'histoire de Marie-Antoinette, c'est reprendre un procès plus que séculaire, où accusateurs et défenseurs se contredisent avec violence."
Cette fois encore, j'ai choisi ce titre car j'avais beaucoup aimé ma lecture précédente du même auteur, La confusion des sentiments. En plus j'adore l'Histoire, et de temps à autre j'aime bien lire des biographies. Si on ajoute à ça le caractère presque légendaire de Marie-Antoinette, on comprend aisément mon choix.
Ma lecture a connu deux régimes: j'ai commencé par beaucoup peiner sur la première moitié du livre (250 pages quand même), sans doute car ce qui était relaté n'était pas trépidant trépidant. Oubliez de suite la Marie-Antoinette de Sofia Coppola, celle de Zweig est beaucoup moins tourbillonnante. Je n'ai pas non plus retrouvé dans cette première moitié la jolie plume qui m'avait tant séduite dans La confusion. Cependant, je ne peux pas passer sur le fait que cette lecture assez demandeuse n'était pas la plus appropriée pendant ces quelques semaines de travail omniprésent, et la fatigue ne m'a sans doute pas aidée à apprécier le livre à sa juste mesure.
Je dois finalement être une lectrice dominée par ses bas instincts, car c'est quand les choses ont tourné au vinaigre pour l'Autrichienne que j'ai trouvé un regain d'intérêt à la lecture. Celle qui n'était qu'une jolie chose un brin écervelée prend toute sa dimension dans l'adversité, contrairement à son brave époux. Et là, j'ai avalé les pages avec intérêt et plaisir, renouant avec un style qui convient aux événements décrits.
Voilà donc un livre au bilan contrasté: sur 500 pages, 250 de plaisir... Heureusement qu'il s'agit des 250 dernières!
Il s'agissait du dernier titre choisi pour le défi Blog-o-trésors, que j'ai donc complété avec cette lecture. En espérant que Grominou ait un autre défi dans son escarcelle pour 2010!
22 août 2009
World without end
J'ai lu World without end de Ken Follet chez Signet (titre en français: Un monde sans fin).
Première phrase: "Gwenda was eight yeras old, but she was not affraid of the dark."
Ce roman est souvent présenté comme la suite de The pillars of the earth (Les piliers de la terre), du même auteur. Cependant, si l'histoire se déroule dans la même ville de Kingsbridge et met en scène des descendants lointains des premiers héros, il peut se lire de manière complètement indépendante. Voire le lecteur gagnerait à oublier le premier opus avant de lire le second.
Je m'explique: lorsque j'ai lu le premier, j'avais manifesté le désir de lire rapidement la suite. Un certain nombre d'entre vous m'avait mise en garde et m'avait conseillé d'attendre un peu. J'étais toute disposée à suivre ces conseils avisés, sauf que je suis tombée en panne de lecture pendant mon voyage en Norvège. Et la petite librairie de Vaga ne proposait que quelque titres en anglais, dont celui-ci (parce que le norvégien, je ne maîtrise pas vraiment). Alors je me suis laissée tenter.
Comme pour le précédent opus, cela fonctionne: les pages se tournent toutes seules (heureusement, parce que 1025 pages dans mon édition poche écrite tout petit, quand même). On s'attache aux personnages principaux, on se passionne pour les disputes incessantes entre le prieuré et la guilde, on déteste les méchants, on compatit aux malheurs des gentils. Et évidemment le Moyen Âge, que du bonheur.
Mais. Mais on retrouve des personnages très proches de ceux des Piliers (le méchant, très méchant chevalier). Mais l'auteur a tendance à tomber dans les péripéties faciles, trop grosses et inutiles dans les 300 dernières pages. Mais les réactions de certains personnages me semblent difficile à imaginer dans la réalité. Mais il fait vivre trop de choses à son héroïne Caris.
Donc si j'ai beaucoup aimé cette lecture, un certain nombre de reproches viennent en assombrir la fin. Je pense que l'auteur aurait du se contenter de 700 ou 800 pages, sans vouloir en faire trop. En in, certaines complications de l'histoire ne trouvent de justification que si une suite (une vraie suite, ce coup-ci, avec les mêmes personnages) est prévue. Mais si elle fait 1000 pages de mieux, il se pourrait que je la lise en diagonale...
Ma note: 7,5
(parce que malgré tous les reproches que je lui fais, c'est quand même un bouquin très sympa à lire)
07 juin 2009
Le Montespan
J'ai lu Le Montespan de Jean Teulé chez Pocket.
Première phrase: "Le samedi 20 janvier 1663, vers onze heures du soir, au sortir du Palais-Royal où Monsieur - le frère du roi - donne un grand bal, deux jeunes hommes, suivis par six autres, déboulent dans la rue."
J'ai découvert Jean Teulé par l'intermédiaire du blogoclub, pour lequel nous avions lu Je, François Villon, qui m'avait vraiment emballé. Et peu de temps après, j'avais entendu Jean Teulé présenter son nouveau livre dans une émission radio, et il m'avait convaincue.
Consacrer un roman à un mari cocu, éploré et audacieux, en voilà une idée originale!
Louis-Henri de Pardaillon, marquis de Montespan, est fou amoureux de sa jeune épouse Françoise, bientôt appelée Athénaïs. Il n'en revient pas de son bonheur, tous les problèmes glissent sur eux, puisqu'ils s'aiment et qu'ils sont ensembles, c'est le principal.
Mais la belle Athénaïs a d'autres ambitions, et après avoir donné deux enfants à son époux amoureux mais désargenté, elle devient dame d'honneur de la reine. Elle part à la cour, c'est formidable! Les belles robes, l'argent facile, la vie de loisirs... Et ce bon Louis-Henri n'y trouve rien à redire: enfin le couple gagne de l'argent! Certes, sa chère et tendre ne vit plus avec lui, mais il n'y voit rien de mal, il a confiance en elle... Plus qu'elle-même, qui voit venir le danger et l'en prévient: "Versailles est un pays effroyable et il n'y a pas de tête qui n'y tourne. La cour change les meilleurs." (p 92)
La suite, on la connait puisqu'elle appartient à l'Histoire. La Montespan, favorite du roi-soleil pendant une douzaine d'année, qui lui donna sept petits bâtards. Mais ce que l'on ne savait pas, c'est que Louis-Henri s'est battu jusqu'au bout pour arracher sa femme à la cour, pour qu'elle revienne vivre auprès de lui, pour que leur amour redevienne celui de leur rencontre.
Et qu'il est impressionnant, ce gascon fort en gueule, têtu, effronté. Il refuse tout bénéfice de la position de sa femme, il défie le roi en personne! Il est cocu et le royaume entier le sait: soit, il jouera le rôle du cocu dans toute sa splendeur!
J'ai beaucoup aimé ce nouveau roman de Teulé, dans lequel on retrouve les mêmes ingrédients que dans celui consacré à Villon: c'est cru, mais quand même bien moins que le précédent (pour rassurer ceux qui ont été un peu échaudés). Je trouve que le personnage du Marquis méritait bien un roman, car si la moitié de ce qui est raconté est vrai, il s'agissait d'un personnage incroyable. Oser défier le roi-soleil pour l'amour de sa femme, ça a quand même de la gueule. Inviter le voisinage à l'enterrement de son amour aussi. Bref, une très grande sympathie pour ce personnage, qui porte le roman. Quant à la forme, outre de petites images commentées, il y a de l'humour dans le texte, et parfois les mots s'envolent et se suivent dans un ordre peu conventionnel, et ces ruptures de rythme m'ont plutôt séduites.
Ma note: 8,5
Un autre roman de Jean Teulé: Je, François Villon
11 mai 2009
The pillars of the earth
J'ai lu dernièrement The Pillars of the Earth de Ken Follet chez Pan (édition différente de l'illustration). Titre en français: Les piliers de la terre.
Première phrase: "The small boys came early to the hanging."
En Angleterre, au XIIe siècle, Tom est un bâtisseur. Il erre sur les routes avec sa femme enceinte, et ses enfants Martha et Alfred. Il rêve de construire une cathédrale, mais les temps sont durs. Si durs qu'il ne trouve de travail nulle part, et que la survie de la famille est menacée. Sa route croise alors celle d'Ellen et de son fils Jack, des créatures de la forêt. Grâce à ce dernier, Tom peut enfin réaliser le rêve de sa vie: bâtir la cathédrale de Kingsbridge, sous la houlette du prieur Philip.
Bon ça, ce n'est que le tout début du roman. Car c'est un énorme pavé de plus de 1000 pages, mais qui se dévore comme qui rigole, à tel point qu'on pourrait encore en lire 1000 de plus avec grand plaisir. Je ne voudrais pas trop en raconter, je me contenterai simplement de dire qu'au cours des décennies, nous suivons les tribulations de Jack d'une part, d'une jeune femme courageuse nommée Aliéna, du terrible William, et du respectable prieur Philip.
Car une des forces de ce roman est sans conteste la richesse de sa galerie de personnages, qui suscite tous des sentiments tranchés, aucun ne pouvant laisser indifférent. Certains d'entre eux se payent même le luxe d'être plus ou moins sympathiques au fil du temps, au gré des événements. Un autre point fort est l'impression d'être au cœur des choses, de prendre part à l'évolution du village de Kingsbridge.
Bref, un roman que j'ai adoré, une vraie fresque historique qui même habillement histoire de l'Angleterre et histoires personnelles des personnages. Il me tarde déjà de lire la suite, World without End (Un monde sans fin), qui se passe à Kingsbridge au XIVeme siècle, et qui met en scène les descendants des personnages de ce roman.
Ma note: 9/10
(j'aurais poussé à 9,5 si le personnage du méchant, William, avait été un peu plus nuancé,
ce qui aurait rendu ses combats avec les autres personnages encore plus profonds)
21 mars 2009
Le cuisinier de Talleyrand
J'ai lu Le cuisinier de Talleyrand de Jean-Christophe Duchon-Doris chez 10/18.
Première phrase: "Son pichet de vin à la main, ses joues creusées par la lumière du feu finissant, Maréchal errait dans les cuisines désertes du palais Kaunitz."
Nous sommes à Vienne en 1814. Toutes les grandes nations européennes sont réunies en congrès afin de décider du sort des états éphémères créés par Napoléon. C'est Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord qui représente la France de Louis XVIII. Outre son intelligence affutée, Talleyrand compte également convaincre les autres participants grâce à une botte secrète: son cuisinier exceptionnel, Maurice-Antoine Carême. Car quiconque goûte sa cuisine se trouve immédiatement dans des dispositions d'esprit promptes à se ranger du côté des français.
Maréchal, le rôtisseur de la délégation française, est retrouvé assassiné non loin du lieu où sont détenus Marie-Louise d'Autriche et son fils, l'Aiglon. L'inspecteur Janez Vladeski, fils bâtard d'un noble et d'une gitane, doit mener l'enquête. S'agit-il d'un complot bonapartiste ou tout simplement d'une histoire de jalousie? Le cuisinier est-il un génie ou un fou sanguinaire? Peut-il faire confiance au roué Talleyrand?
Je me suis promenée agréablement dans les rues de Vienne en compagnie du ténébreux Janez Vladeski, aux yeux d'un bleu irréel. Avec lui j'ai goûté les meringues, les pâtés, les truffes, et tous les délices préparés par le non moins mystérieux Carême. L'enquête est plutôt bien troussée, les embrouilles politiques ne sont pas trop profondes (car en général je ne comprends rien à ce genre de subtilités), et les personnages sont définis avec nuance. Bref, un polar historique bien sympathique, et je regrette qu'il n'y ait pas d'autres romans ayant pour héros le séduisant inspecteur Vladeski.
Ma note: 8/10
Nanne en a fait un bien joli billet.
31 janvier 2009
Les demoiselles de Provence
J'ai lu Les demoiselles de Provence de Patrick de Carolis chez Pocket.
Première phrase: "L'été tend son voile bleu sur le pays de Forcalquier."
Ce long roman historique s'attache aux destinés des quatre filles du comte de Provence Raimon Bérenger V au cours du XIIIe siècle. Car si celui-ci n'a pas eu l'héritier tant attendu, ses quatre filles Marguerite, Eléonore, Sancie et Béatrice vont marquer leur temps. La première épouse le Capétien Louis, qui régne sous le nom de Louis IX et gagne le surnom de Saint Louis au cours d'une croisage qu'elle partage à ses côtés. La deuxième épouse le Plantagenêt Henry, qui règne en Angleterre sous le nom d'Henri III. La troisième épouse le petit frère de ce dernier, Richard de Cornouailles, futur roi des Romains, et Béatrice qui hérite du comté épouse Charles, frère de Louis, qui devient un temps roi de Sicile.
Quatre sœurs, quatre reines. Qui connaissent des destins différents, certains heureux, d'autres pas. Mais quatre femmes qui cherchent à rester fidèles à la mémoire de leurs chers parents, chacune à sa manière.
J'ai beaucoup aimé toute la première partie du roman, qui s'intéresse à l'enfance et la jeunesse des quatre sœurs, et notamment des deux aînées. Le début de leur vie de reine est également intéressant, mais après le rythme s'emballe, des années défilent en quelques pages, et on s'embrouille dans les différents complots. Quant au style, certaines pages sont très agréables à lire, et d'autres sont beaucoup plus factuelles, historiques, que romanesques. Encore une fois, c'est surtout la deuxième partie du roman qui pêche. Du coup, je m'interroge sur l'opportunité de traiter la vie entière des reines: il aurait peut être mieux valu s'arrêter "en cours de route", ce qui aurait évité l'impression de grande hâte des derniers chapitres.
Ma note: 7.5/10
Elles l'ont lu aussi: Ermengarde, Delphine, Beloved.
01 janvier 2009
The Woman in White
Tout d'abord, quelques mots pour expliquer mon absence ces derniers temps: j'ai eu un accident de voiture le 15 décembre, et j'ai enchaîné hôpital et maison de retraite convalescence. Au final, rien de dramatique, seulement quelques petites fractures du bassin. Handicapant et un peu douloureux, mais dans quelques semaines (mois?) il n'y paraîtra plus. Je suis enfin rentrée à la maison hier, juste à temps pour participer à cette nouvelle édition du Blogoclub.
J'ai donc lu The Woman in White de Wilkie Collins en édition Wordsworth.
Première phrase:"This is the story of what a Woman's patience can endure, and what a Man's resolution can achieve."
Wilkie et moi sommes de vieilles connaissances. Je l'ai rencontré sur les bancs de la fac d'anglais, en licence me semble-t-il, lorsqu'on nous fit étudier The Moonstone (La pierre de lune). Roman dont la lecture m'avait énormément plu, même si je ne garde aucun souvenir du traitement universitaire de l'œuvre.
Quant à cette Femme en Blanc, je l'avais déjà croisée il y a plusieurs années, mais je m'étais lassée de son histoire et je n'étais pas allée au bout du mystère. Le Blogoclub a donc été une parfaite occasion de renouer, et c'est de bon cœur que j'ai sauté à pieds joints dans le livre.
La forme de récits successifs m'a très bien convenu, et j'ai trouvé certains personnages très réussis, sans parler de l'humour et de la langue de Wilkie, très agréable à lire au fil des pages. De plus, le mystère de cette femme en blanc, puis de Sir Percival, est intriguant à souhait. Mais j'ai trouvé que l'ensemble était quand même un peu longuet. D'autant plus que le secret de Sir Percival est un peu léger à mon goût: beaucoup de bruit pour rien, à mon avis.
Et surtout, le défaut majeur à mes yeux: pourquoi ce cher Walter s'entête-t-il à s'amouracher de la mièvre Laura, alors que Marian me semble 1000 fois plus intéressante? En cet aspect, ce roman me semble terriblement conformiste: la fille jolie et douce l'emporte sur la fille intelligente et volontaire... On ne peut certes pas en vouloir à Wilkie de coller à son époque, mais quand même....
Ma note: 7/10
D'autres avis chez Denis, Armande, Clochette, Sylire, Katell, Florinette, Jules, Soie, Julien, Chimère, Antigone, Wakinasimba, George, Nina, Arlette, Ori, Emilie, Lune de pluie, Taylor, Catherine, Karine, Mirontaine, Sandrounetta, Lou, Belledenuit,
L'avis d'Axelle (pas de blog): "Ce roman ne m'a pas fait une forte impression, d'autant plus que le thème de cette lecture collective devait être un roman policier et que je n'ai pas trouvé beaucoup de suspense dans ce roman. Pour moi, les trois quarts de l'histoire concernait des histoires de ménages, de plus si l'ambiance m'a plu au début, cette atmosphère ouatée de la vieille Angleterre, je l'ai vite trouvé pesante et ennuyeuse: que quelqu'un ayant courut 100m doive passer l'après midi a s'en remettre...bof!"
Keisha a lu Pierre de Lune, Kathel a lu Passion et repentir, Praline a lu Basil, Yvon et Kattylou ont lu L'hôtel hanté, Kalistina a lu Voie sans issue (coécrit avec Dickens).
Pour le 1er mars, nous avons décidé d'honorer le nouveau prix Nobel de littérature, JMG Le Clézio. Et nous attendons vos suggestions pour l'édition du 1er mai, dont le thème sera le Mexique, afin de coller avec le Salon du Livre!
Sur ce, bonne et heureuse année 2009 à tous et à toutes!
12 novembre 2008
Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot
J'ai lu Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot: sur les traces d'un inconnu (1798-1876) de Alain Corbin chez Flammarion.
Première phrase: "Louis-François Pinagot a existé."
Que voilà un livre étonnant! J'avais noté ce titre à je ne sais plus quelle occasion, car j'aime l'Histoire consacrée au quotidien des gens simples. Lorsque j'ai entendu parler de ce bouquin, j'avais cru comprendre qu'il s'agissait de la biographie d'un inconnu. Mais je pensais qu'il avait été "inventé" pour l'occasion, comme exemple du milieu social décrit dans ce livre (un sabotier dans l'Orne du XIXe siècle), or Louis-François Pinagot a bien existé (comme l'indique froidement la première phrase du livre).
En effet, Alain Corbin a simplement choisi "au pif" un type sur les registres d'état civil, puis il a essayé de reconstruire sa vie. Peu de documents concernent directement ce pauvre Louis-François, mais Corbin s'est appuyé sur tous les documents concernant son département, sa commune, son hameau, ses proches, ses semblables... Ainsi, il ne nous raconte pas la vie de Louis-François comme on est sûrs qu'il l'a vécue, mais celle qu'il a vécue selon toute logique et toute vraisemblance. Ce qu'il pensait, s'il était religieux ou non, ce qu'il votait, ce qu'il savait de la Révolution...
Autant le dire tout de suite, c'est un livre ardu. Un vrai livre universitaire, écrit tout petit, bourré de mots inconnus et de notes de fin d'ouvrage (correspondant très souvent à ses sources). Mais quelle idée de génie, quelle minutie dans la reconstruction, touche par touche, du décor de Louis-François. Pour qui je me surprendrai presque à avoir une certaine affection, après tant d'heures de lecture à essayer d'imaginer et de comprendre ses sentiments et ses pensées.
Un vrai tour de maître, intéressant, très riche. Mais une lecture qui nécessite attention, sérieux, obstination. Néanmoins, je crois que le jeu en vaut la chandelle. Pour preuve, je pense lire un jour un autre livre du même auteur, Le village des cannibales, consacré à un fait-divers de 1870 dans le village de Hautefaye, en Dordogne. Comprendre comment vivaient les paysans périgourdins de la fin du XIXe m'intéresse bien sûr au plus haut point, car cela m'éclairerait sur la vie de mes propres arrière-arrière-arrière grands-parents.
Ma note: 8/10
(parce que certains passages sont quand même un peu fastidieux)
Une autre vie, quelques dizaines d'années plus tard dans un autre coin de France: Le cheval d'orgueil
22 octobre 2008
Le Roi-Soleil se lève aussi
J'ai lu il y a un petit moment déjà Le Roi-Soleil se lève aussi de Philippe Beaussant chez Folio.
Première phrase: "Il n'est pas une page de ce livre où l'on ne soit amené à se poser, d'une manière ou d'une autre, ouvertement ou par un escalier dérobé, des questions qui se ramèneront en définitive toujours à cette unique interrogation: quel est, chez un homme du XVIIe siècle, le rapport entre sa personne et sa fonction?"
Cela fait déjà quelques semaines que j'ai lu cet essai historique, mais il fallait absolument que je revienne vous en parler ici, car il est génial. N'ayons pas peur des mots. Je me suis vraiment régalée à sa lecture, et s'il avait compté 1000 pages je n'en aurait été que plus heureuse.
On sent l'intelligence et la finesse de l'auteur aussi bien dans le fond que dans la forme: c'est joliment dit, et c'est passionnant! Dans ces pages, nous suivons le Roi-Soleil dans une de ses journées type, de sept heures du matin à minuit. Sa journée est découpée par ses obligations mais aussi ses habitudes personnelles. Et chaque moment est l'occasion pour l'auteur de décortiquer, de démentir, de rappeler, de raconter. D'ailleurs, de multiples exemples et anecdotes viennent étayer son propos.
A minuit, lorsqu'il est temps de laisser Louis Dieudonné à son intimité, on se sent beaucoup plus proche de lui. La figure historique est devenu homme, emprisonné dans une généalogie et des coutumes bien pesantes. Encore une fois, une lecture fort agréable pour un livre très intelligent. Merci beaucoup, Monsieur Beaussant.
Ma note: 9/10 (car il est beaucoup trop court pour le potentiel dévoilé!)
Il l'alu aussi: le Bibliomane.
04 octobre 2008
Physiologie du goût
J'ai lu dernièrement Physiologie du goût de Brillat-Savarin chez Flammarion (présentation de Jean-François Revel).
Première phrase: "I. L'univers n'est rien que par la vie, et tout ce qui vit se nourrit."
Que voilà un livre surprenant! Je voulais le lire depuis bien longtemps, mais il me faisait un petit peu peur; Erreur! Ce livre se lit tout seul! Je l'ai trouvé très drôle, et j'ai trouvé génial que l'on puisse écrire un livre aussi sérieux, presque scientifique, sur la nourriture. Je ne sais pas si Mr Brillat-Savarin (Anthelme de son prénom) se prenait vraiment au sérieux ou s'il est plutôt dans le second degré. En tout cas, j'aurais beaucoup aimé le rencontrer, on ne devait pas s'ennyer en sa compagnie!
Il ne s'agit pas d'une fiction, mais d'un recueil de 30 "méditations", plus des "aphorismes", des "variétés". C'est donc le genre de bouquin à garder sur la table de nuit, et à picorer une fois de temps en temps. En tout cas, une lecture fort sympathique - et surprenante.
Voici un passage que je trouve toujours d'actualité, concernant les régimes:
"Je me suis pour cela appuyé sur cette vérité expérimentale que, plus un régime est rigoureux, moins il produit d'effet, parce qu'on le suit mal ou qu'on ne le suit pas du tout.
Les grands efforts sont rares; et si on veut être suivi, il ne faut proposer aux hommes que ce qui leur est facile, et même, quand on le peut, ce qui leur est agréable."
Ma note: 8.5/10

