01 novembre 2008
The New York Trilogy
Pour cette nouvelle édition du Blogoclub, j'ai choisi de lire The New York Trilogy de Paul Auster chez Faber and Faber (titre en français: La trilogie new-yorkaise).
En effet, j'ai déjà lu Brooklyn Follies, que j'avais adoré par ailleurs, vous pouvez aller voir mon billet enthousiaste.
Première phrase: "It was a wrong number that started it, the telephone ringing three times in the dead of night, and the voice on the other end asking for someone he was not."
Comme l'indique le titre, cette oeuvre est en fait composée de trois récits: "City of glass", "Ghosts" et "The locked room". Dire que le lien entre ces trois récits est subtil serait un euphémisme. En fait, j'ai eu l'impression de lire trois choses distinctes jusqu'à quelques pages avant la fin, où j'ai senti que normalement tout devrait s'éclairer. Mais pour être honnête, je n'ai pas complètement compris les subtilités.
"City of glass", d'abord. Qu'est-ce que j'ai eu comme mal à lire la grosse centaine de pages! Etait-ce moi qui était trop ailleurs, obnubilée par ma rentrée, était-ce ce bouquin qui est trop intellectuel pour mon pauvre petit cerveau, mais en tout cas on ne peut pas dire que cela se soit fait sans mal. Un indice infaillible en ce qui me concerne: j'ai mis bien 15 jours pour le lire... pas très bon signe.
Pourtant, je n'ai rien à redire à l'histoire: suite à un faux numéro, un auteur de roman policier, Quinn, se fait passer pour le détective privé Paul Auster. Son nouveau client est bien mystérieux: il s'agit d'un homme riche, victime dans son enfance des expériences mystiques de son père, qui l'a gardé enfermé pendant des années pour voir si par hasard il ne se mettrait pas à parler le langage de Dieu. Condamné à la prison ferme, le prère s'apprête à sortir, et le fils maintenant adulte mais plein de séquelles a peur qu'il ne veuille le tuer. Quinn/Auster doit donc surveiller le père et l'intercepter si nécessaire. S'engage alors une curieuse filature au ralenti.
Je n'en dis pas plus car je ne veux pas spoiler, mais disons que ça se finit un peu bizarrement. Style je n'avais rien vu venir, et je suis un peu sceptique. Sans parler des digressions d'Auster (le vrai, l'auteur du livre dont je parle) sur la tour de Babel and so on, qui sont certes érudites mais à mon goût beaucoup trop longues et mal intégrées au récit.
"Ghosts", ensuite. Là, les choses se sont nettement améliorées pour moi, et ma lecture s'est accélérée. Blue est engagé par White pour surveiller Black. Jusque là, tout va bien, si ce n'est que ce jeu sur les noms des personnages m'a semblé un peu téléphoné à cause de Reservoir dogs, mais en fait je crois qu'Auster a l'antériorité, alors rendons à Paul ce qui lui appartient. Il n'empêche, j'ai quand même levé les yeux au ciel.
Blue, la tête pleine de sa fiancée, part loger Black. Travail d'autant plus facile que celui-ci ne fait rien. Enfin si, il fait plein de choses: il écrit, il lit, il sort faire ses courses. So exciting pour un jeune détective privé plein de fougue. Alors Blue se demande qui peut bien être cet homme terne qu'il doit surveiller, et pourquoi il doit le surveiller. Et se demande si finalement, ce n'est pas lui qui serait surveillé. Mais par qui, par White ou par Black?
Encore une fois, la fin est assez radicale. J'ai beaucoup plus aimé cette histoire un peu sans queue ni tête, même si à nouveau j'ai eu l'impression de passer complètement à côté du propos de l'auteur, de la signification réelle de ces pages.
Et pour finir, "The Locked Room". Ma lecture est allée crescendo, et je me suis sentie beaucoup plus à l'aise avec cette dernière partie, même si j'ai loupé quelques détails. Le narrateur est contacté par l'épouse d'un de ses amis d'enfance, Fanshawe. Celui-ci a disparu il y a plusieurs mois, et avant sa disparition il avait demandé à sa femme de confier au narrateur ses écrits s'il lui arrivait quelque chose. Le narrateur, très surpris, accepte ce rôle d'éditeur, et fait publier ce qui s'avère être une réelle oeuvre littéraire. Et s'éprend de la jeune épouse délaissée/veuve potentielle (qui, soit dit en passant, avait engagé le détective Quinn pour retrouver son mari fugueur/mort). Si Fanshawe devient pour le nouveau couple une manne financière, son absence et les interrogations qui l'entourent deviennent une omniprésence très pesante. Surtout quand le narrateur est engagé à écrire la biographie du génie disparu.
Là, j'ai vraiment aimé. Encore une histoire un peu tordue, mais vraiment prenante et dont on a envie de connaître la fin: où est Fanshawe? est-il mort ou a-t-il disparu de son plein gré? si oui, pourquoi? On sent qu'il s'agit d'un texte qui mériterait une relecture attentive, presque universitaire tant il m'a paru riche sur un plan presque métaphysique. La lecture de cette dernière partie m'a convaincue du bien-fondé de ma lecture, ce dont je doutais un peu suite au fiasco de la première partie et du résultat en demi-teinte de la deuxième. Cependant, cette oeuvre est extrèmement différente de Brooklyn Folllies, qui reste largement mon préféré!
Ma note: 7/10
Vos avis sur Brooklyn Follies: Sylire, Karine, Florinette, Keisha, Jules, Wakinasimba, Karine, Armande, Nina, Soie, Joelle, Catherine, Clochette, Cathe, Anjelica, Antigone, Alice, Belledenuit, Karine et ses livres, Laetitia, Ori, Mammig, Sandrounetta, Argantel, Martine, Sophie, Taylor, Anne-Claire, Arlette, Cecile, Suzel,
Vos avis sur La trilogie New-Yorkaise: Tamara,
D'autres livres de Paul Auster: La nuit de l'oracle: Sylire, Grominou, Mr Vertigo: Papillon, Chimère, Dans le scriptorium: Praline, Katell, Moon Palace: Amanda, Léviathan: Kathel,
Pour le 1er janvier, sur le thème du polar historique, nous lirons La femme en blanc de Wilkie Collins. Déjà lu il y a plusieurs années pour ma part, je ne sais pas encore si je le relis ou si je lis autre chose.
Pour le 1er mars, nous avons décidé de fêter le Prix Nobel de Littérature de JMG Le Clézio: lecture libre autour de cet auteur (ou d'un autre Prix Nobel de Littérature français si vous êtes allergiques.
Pardon pour ce billet-fleuve!!
08 juin 2008
Le journal de Chloé Keller à New York
J'ai lu il y a quelques jours Le journal de Chloé Keller à New York de Delinda Ellouzi-Jacobs illustré par Lisa Roze et Pauline Requier pour Mango jeunesse.
Première phrase: "Je m'appelle Chloé et j'ai neuf ans et demi."
Bon, je sais, ça ne se fait pas de lire les bouquins qu'on offre. Mais lorsque j'ai reçu ce bouquin, que j'avais commandé juste sur son titre pour l'anniversaire de ma filleule, et bien je n'ai pas résisté à l'envie de le lire avant de lui emballer.
Pourquoi j'ai choisi ce roman illustré sur son titre? Parce que depuis que j'ai été bombardée "marraine", j'offre à ma filleule des bouquins avec son prénom dans le titre, et ce deux fois par an, pour Noël et pour son anniversaire. Or, ma petite Chloé a eu neuf ans il y a quelques jours, donc ce roman, conseillé à partir de 8 ans, tombait pile poil. Et quand je l'ai reçu et que je l'ai feuilleté, quand j'ai vu la qualité des illustrations, entre photo et dessins, je n'ai pas pu résister, et je l'ai lu.
Chloé Keller part toute seule en vacances à New York, où elle va rencontrer sa grand-mère paternelle qu'elle n'a jamais vu, et pour cause: son papa est mort lorsqu'elle était toute petite. La petite fille tient donc un journal de voyage, dans lequel elle raconte la ville, mais aussi sa famille américaine.
J'ai trouvé ce bouquin très agréable à feuilleter, avec plein d'illustrations qui donne envie de lire ce qui s'y rapporte. Maintenant, je ne sais pas si ce n'est pas un peu trop compliqué pour une petite fille de neuf ans... On se ballade de Ellis Island à Ground Zero, en passant par le Bronx ou Chinatown. Je pense que c'est un roman qui nécessite une forte présence adulte pour expliquer des choses aux jeunes lecteurs au fur et à mesure. En tout cas, connaissant la curiosité et l'aisance intellectuelle de ma petite Chloé, elle n'a pas fini d'assaillir ses parents de questions, et ils vont devoir se mettre au courant pour pouvoir lui répondre (vous le savez, vous, pourquoi on appelle NY la grosse pomme?). Je pense que c'est un bouquin que l'on prend plaisir à réouvrir au fil des années, et que la compréhension qu'on en a évolue suivant ce que l'on sait déjà. En tout cas, j'espère que le voyage de son homonyme plaira à ma filleule!
Ma note: 8/10
08 mai 2008
The angel of darkness
Je viens de terminer The Angel of Darkness de Caleb Carr chez Ballantines Books.
Première phrase: "There's likely some polished way of starting a story like this, a clever bit of gaming that'd sucker people in surer than the best banco feeler in town."
Lorsqu'on passe un concours ou des examens, rien de tel qu'un roman captivant pour vous faire oublier de stresser pendant quelques instants. Cette année, c'est donc ce roman de Caleb Carr qui m'aura accompagné dans les pires moments, notamment les quinze minutes de silence de crypte dans la salle d'examen, juste avant que les sujets soient ouverts, quand tout le monde se regarde en chien de faïence.
Ce roman, traduit en français sous le titre L'Ange des ténèbres, est la suite de The Alienist, que j'avais adoré il y a quelques mois. On y retrouve la même fine équipe d'enquêteurs, à la poursuite cette fois-ci d'une femme, mystérieuse et très inquiétante, qui a kidnappé le bébé d'un diplomate espagnol, alors que les Etats-Unis s'apprêtent justement à entrer en guerre contre ce pays. Cette fois-ci, l'enquête n'est pas lancée sous l'impulsion de Teddy Roosevelt, qui a quitté New York pour le ministère de la Marine, mais de Miss Howard, une jeune aristocrate féministe de choc (elle est toujours armée et n'hésite pas à tirer dans la jambe des hommes qui l'importunent de trop), qui s'est installée détective privé suite à la dernière enquête. Mais comme le docteur Kreizler est mis à pied temporairement de son institut pour enfants, notre sympathique équipe se réunit à nouveau pour retrouver la petite Ana.
En relisant mon billet sur l'Aliéniste, je me rends compte que je ne vous avait pas présenté les personnages. Alors allons-y pour ce tome! J'ai déjà évoqué Miss Howard. Elle est entourée du docteur Laszlo Kreizler, aliéniste de son état, expert dans de nombreux procès et fondateur d'une institution pour enfants cabossés par la vie. Celui-ci a souffert d'un père violent, et se bat régulièrement contre ses souvenirs douloureux. Au cours de sa vie, il a recueilli entre autre Stevie Taggert et Cyrus Montrose, deux membres à part entière de l'équipe. Stevie est un gamin des rues, gros fumeur au grand dam du docteur, qui est rentré dans le droit chemin même s'il n'hésite pas à faire appel à ses anciennes manières ou connaissances pour la bonne cause. Cyrus est un homme noir, très réservé, mais aussi très fiable et très solide, toujours de bon conseil. L'équipe se compose également de Mr Moore, un ami d'université du docteur, rentier nonchalant et impulsif et journaliste à ses heures, mais ami fidèle. Enfin, Lucius et Marcus Isaacson, deux frères détectives de la police, et expert dans les toutes nouvelles sciences de police criminelle (nous sommes à la fin du XIXe siècle, ne l'oublions pas). Contrairement à l'Aliéniste, dont le narrateur était Mr Moore, ce roman a pour narrateur Stevie Taggert, ce qui permet d'avoir une vue différente des divers personnages: ainsi, Cyrus est plus présent, puisqu'il accompagne souvent Stevie, et nous avons une narration qui évoque beaucoup les sentiments du narrateur.
J'ai également beaucoup aimé ce roman, qui en plus d'offrir une intrigue captivante, nous fait partager le quotidien de ces personnages tellement sympathiques. Cependant, quelques petits points m'ont un peu déplu (ou m'ont moins plu). D'abord, le contexte diplomatique n'apporte pas grand chose, si ce n'est qu'il permet l'introduction d'un personnage très particulier, el Nino, un indien des Philippines, qui d'ailleurs est traité d'une manière assez caricaturale. Ensuite, nous assistons au procès de la coupable, et certaines scènes sont un peu longues (et pourtant, j'aime beaucoup les histoires de procès). Enfin, le dénouement est possible grâce à l'intervention de Roosevelt, d'une manière qui est à mon avis peu crédible, alors que tout le reste du roman tenait parfaitement debout: dommage. Mais ce ne sont que des détails, qui pèsent peu de poids par rapport au plaisir que j'ai eu à la lecture de ce roman!
L'introduction d'un nouveau narrateur pour un nouveau tome me laissait espérer qu'un troisième membre de la bande prenne en charge un troisième tome: malheureusement, ce n'est pas le cas, et ce roman raconte dans son dernier chapitre ce qu'il advient des différents personnages. Là encore, dommage, j'aurais tellement aimé retrouver la bande!
Enfin, je vous conseille vivement de lire l'Aliéniste avant de lire celui-ci, car de très nombreuses références sont faites tout le long du roman.
Ma note: 8.5/10
27 avril 2008
The Brooklyn Follies
J'ai lu dernièrement The Brooklyn Follies de Paul Auster chez Picador.
Première phrase: "I was looking for a quiet place to die."
Je vais commencer ce billet par une digression. Si vous lisez régulièrement les blogs littéraires, vous êtes forcément au courant que deux très bons blogs ont mis récemment la clé sous la porte: La bibliothèque d'Allie, et Thé toi et lis de Flo. Leurs conseils avisés me manqueront. Mais si je choisis de vous en parler, c'est parce que je comprends leur choix.
Un blog crée des contraintes, c'est indéniable. Cette année, je me suis forcée plus d'une fois à "poster", pour que le blog continue, alors que j'avais d'autres chats à fouetter, ou simplement pas très envie. Le club de lecture que je co-anime avec Sylire m'a quelque part forcé à continuer: il représente tellement de travail que je ne pouvais décemment pas demander à Sylire de continuer seule.
Mais le blog suscite en moi d'autres angoisses qu'un manque de temps: par moment, j'oublie les raisons profondes qui ont présidé à l'ouverture de ce blog, et je suis tentée de censurer mon propos. Ma plus grosse peur? Ne pas apprécier un chef d'œuvre, ou adorer un navet. Et, accessoirement, sortir des platitudes sur un roman qui mériterait bien mieux.
Et aujourd'hui, me voilà confrontée à cette crainte: que dire d'intelligent, de profond, de fin, d'original sur The Brooklyn Follies? Angoisse de l'écran blanc, ne vaut-il pas mieux se taire, passer sa lecture sous silence plutôt que de faire un faux-pas littéraire?
Puis je me souviens pourquoi est né ce blog: pour partager mes goûts avec des lecteurs, bien sûr, mais aussi - et de plus en plus- pour garder une trace de mes lectures. Et cela suppose que j'écrive vraiment ce que je pense, sans trop en faire, et sans rien taire non plus.
Donc j'ai lu mon premier roman d'Auster, et j'ai adoré. J'ai suivi les aventures de Nathan et de sa petite bande avec grand plaisir, j'aurais aimé que cela continue pendant des centaines de pages. J'ai beaucoup souri, je me suis laissée emportée par les multiples rebondissements. Y compris par la fausse fin, qui est à l'image du reste du roman: pleine de surprise, mais aussi pleine d'espoir. Assurément, je lirai d'autres romans d'Auster, même si je n'ai rien de plus intelligent à raconter dessus.
Ma note: 9/10
Paul Auster a une femme: elle s'appelle Siri Hustvedt, et a écrit Tout ce que j'aimais.
Ils parlent de ce roman:Flo, Nicolas, Laconteuse, Thom, Papillon
26 janvier 2008
The alienist
J'ai lu il y a peu The alienist de Caleb Carr chez Bantam Books.
Je ne sais pas vous, mais comme bon nombre de grosses lectrices, j'achète plus de livres que je ne peux en lire. L'avantage, c'est qu'il y a peu de chances que je me retrouve à cours de lecture. L'inconvénient, c'est que je lis les livres trèèèèèèèès longtemps après les avoir acheté! Celui-ci, par exemple, je l'ai acheté en juin 2006. Il me semblait que c'était suite à un billet du Café de Gaëlle, mais je me rends compte que ses deux billets qui en parlent sont postérieurs à cette date. Donc je ne me souviens plus qui ou quoi me l'a conseillé!
Nous sommes à New York, à la toute fin du XIXe siècle. Quelqu'un assassine de jeunes garçons prostitués de manière atroce. Theodore Roosevelt, alors préfet de police, fait appel à une équipe de choc pour résoudre le mystère. L'équipe, non officielle, est composée entre autre d'un journaliste criminel (le narrateur), et d'un aliéniste ténébreux. Avec leurs autres compagnons, ils vont mettre au point ce qui ressemble fort à du profilage pour essayer d'arrêter le tueur.
Ce roman m'a complètement captivée. Je l'ai dévorée, je l'ai trouvé très bon. Il est passionnant d'un bout à l'autre, je n'ai pas vu de temps mort. Les personnages sont assez archétypaux, mais très attachants. L'intrigue est bien menée, et plantée avec talent dans les quartiers pauvres de New York. Bref, rien à redire!
Ah si, peut être, juste un détail en passant... Je commence à être habituée à des scènes un peu... beurk, à force de mes lectures de polar. Cependant, une scène m'a fait cauchemarder! Lorsque les enquêteurs fouillent le domicile du tueur en série, ils y trouvent des trophées assez particuliers. Eh bien j'en ai rêvé la nuit juste après l'avoir lu! D'ailleurs, j'ai réussi le challenge incroyable de faire trois cauchemars, cette nuit-là...
J'ai lu ce roman en VO. En lisant le 1er chapitre, je me suis demandée si j'avais fait le bon choix: soit mon anglais avait eu le temps de se rouiller depuis Northanger Abbey, soit la langue est un peu difficile. Cependant, j'ai tellement accroché que très rapidement, cela ne m'a plus posé problème.
Ma note: 9,5/10
Les billets de Gaëlle ici et là.
Les critiques de Bibliopoche, Frisette.
17 janvier 2008
Une incroyable histoire
Il y a une grosse dizaine de jours, j'ai fêté ma rentrée scolaire en dévorant Une incroyable histoire de William Irish, traduit par Maurice-Bernard Endrèbe, chez Syros/Souris Noire.
Première phrase: "L'enfant avait douze ans et se nommait Buddy."
Buddy est le presque témoin d'un meurtre affreux commis par ses voisins. Le problème, c'est qu'il a eu quelques petits arrangements avec la vérité par le passé, et du coup ses parents refusent de le croire. Et, plus grave, ils le punissent en le laissant à la merci des meurtriers!
D'abord, j'ai adoré le cadre de l'histoire, New York qu'on imagine à l'époque de West Side Story. Quant au style, j'ai été convaincue dès les premières pages du roman, qui décrivent la propension au mensonge de Buddy, et surtout la moiteur incroyable de l'été New Yorkais. Comme c'est agréable, de lire un roman jeunesse sans que l'écriture ne rappelle en permanence que c'est bien de la littérature jeunesse qu'on est en train de lire!
Et puis l'intrigue tient la route: il y a un vrai suspense, et même du suspense sur plusieurs plans (mais là je n'en dis pas plus, sinon ça va tout vous spoiler...). Et le suspense va jusqu'au bout. Bref, vraiment bien fichu, ce petit polar...
Il faut dire que j'avais quelques raisons d'espérer: on doit notamment à l'auteur la nouvelle dont est tiré Fenêtre sur cour, et le roman dont est tiré La mariée était en noir. La classe, non? D'ailleurs, ça me donne envie de lire les romans adultes de cet auteur!
Ma note: 9/10
L'avis de Majanissa.
PS: Il va sans dire que j'ai très nettement préféré ce roman à La villa d'en face de Boileau et Narcejac...
PS2: Je serais le traducteur, je prendrais un pseudonyme, au moins en ce qui concerne le prénom!
16 juin 2007
The bonfire of the vanities
Je viens de lire The Bonfire of the Vanities (Le bûcher des vanités) de Tom Wolfe chez Bantam Books.
Sherman McCoy est un trader de Wall Street. Il est riche, vit dans un luxueux appartement, et trompe sa femme décoratrice avec une magnifique brune. Il se croit le Maître de l'Univers. Jusqu'au jour où...
A la suite d'un malheureux accident dont il n'est même pas totalement responsable, le merveilleux monde de Sherman s'effondre: sa boîte le met en congé, sa femme découvre qu'il la trompe et réagit en conséquent, son nom est traîné dans la boue par les médias.
J'ai trouvé ce (long) roman très long à se mettre en place, et au début j'ai été un peu perdue dans les différents personnages, tous masculins et à peu près du même âge (Sherman, l'assistant du procureur, le journaliste...). Malgré cela et en dépit de l'impression qu'il ne se passe pas grand chose, je me suis laissée embarquer dans ce roman, que j'ai finalement lu avec beaucoup de plaisir.
Et en prime, la lecture en VO offre décidément de bien savoureuses récompenses:
"The skinny boy was standing there. Thok. He wasn't standing there anymore."
" From his viewpoint the Bronx was like the Arctic. It was somewhere to the north, and people didn't go there."
Sans parler d'un personnage écrivain dont le nom est Nunnaly Voyd: ne faut-il pas plutôt entendre Totally Void?
Ma note: 8/10
PS: En lisant la petite biographie de l'auteur, je me suis rendue compte qu'il avait écrit un roman appelé The Electric Kool-Aid Acid Test. Ça m'a interpellé car mon amoureux écoute un groupe qui s'appelle presque pareil. Jusqu'à ce que je me rende compte qu'il ne s'agit pas d'un hommage littéraire, mais d'une référence commune...
02 mai 2007
Extrêmement fort et incroyablement près
J'ai terminé lundi soir Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer traduit par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso aux éditions de l'Olivier.
Je suis tombée dessus par hasard à la bibli, ça tombait bien je cherchais des bouquins récents. La bibliothécaire m'a dit: "Vous allez voir, c'est une lecture très forte." Tu m'étonnes.
Si elle m'avait dit que j'allais autant sangloter en le lisant, je ne l'aurais pas pris. Mais sans doute que si, car je n'aurai pas imaginé que je puisse autant sangloter à la lecture d'un livre. Donc âmes sensibles, abstenez-vous. Ce livre est tragique. Tragiquement bien, mais quand même très tragique. Je suis sans doute particulièrement réceptive en ce moment, mais quand même.
Oskar a neuf ans, c'est un petit garçon complètement décalé* qui tente de se remettre de la disparition de son papa le 11 septembre. Lorsqu'il trouve une clef mystérieuse dans le dressing de son père, il est persuadé que celui-ci lui a laissé une ultime énigme, qui lui permettra de guérir son chagrin. Le voici donc parti à la recherche de la serrure correspondante.
Mais il n'y a pas que ça qui m'ait fait pleurer comme une madeleine. Il y a aussi les écrits du grand-père et de la grand-mère d'Oskar, dont l'histoire d'amour est d'une tristesse incroyable. Bref, j'ai pleuré toutes les deux pages environ, mais j'ai adoré. Par contre, je ne pense pas que je garderai un bon souvenir de cette lecture: bien trop douloureux. Le genre de bouquin qui vous fait interroger votre propre vie.
Ah oui, j'allais oublier: la forme. Si vous feuilletez ce bouquin, vous vous rendez vite compte qu'il y a des pages à moitié vide, du rouge, des photos... Eh bien je n'ai pas trouvé ça d'un grand intérêt. Même au contraire: les photos du 11/09 sont à mon avis franchement de trop.
Ma note:9/10
*je pense d'ailleurs qu'il s'entendrait pas trop mal avec Sol de Lignes de faille.
Entre autres, Papillon et Camille l'ont lu.
20 mars 2007
Tout ce que j'aimais
Le week-end dernier, j'ai terminé Tout ce que j'aimais de Siri Hustvedt, traduit par Christine Le Boeuf chez J'ai Lu.
Le roman s'ouvre sur l'histoire d'amitié entre deux couples d'intellectuels new-yorkais. Cette première partie est empreinte d'une grande nostalgie, l'atmosphère est affreusement lourde: on sent, on sait, qu'un drame va se produire. N'eut été cette impression qui m'a poussée à la curiosité, j'aurais peut-être refermé ce roman: trop de références intellectuelles et artistiques me sont passées au dessus de la tête. La lecture n'est pas à proprement parler désagréable, mais disons que je ne me suis pas sentie touchée par la narration, dans la mesure où trop d'éléments me gardaient "en dehors".
Et p166, bingo, on se prend le drame en pleine face. Comme ça, en tête de chapitre. J'avais beau l'attendre (ou du moins attendre un drame, quel qu'il fut), je me suis quand même laissée surprendre. Et à partir de ce moment, le roman a pris une tout autre dimension pour moi: des émotions, des sentiments... Je me suis enfin sentie "dedans". A partir de là, je me suis enfin laissée emporter par la narration, et j'ai dévoré.
J'ai dévoré ce roman dramatique, qui m'a sur la fin rappelé les histoires que l'on peut retrouver chez DeLillo ou même chez Bret Easton Ellis, récit de jeunesse dorée mais perdue...
Au final, le bilan de ma lecture est donc positif, mais je ne peux oublier les trop présentes références artistiques ou intellectuelles du début. Je comprends donc aisément que des lecteurs moins acharnés puissent abandonner rapidement le livre!
Ma note: 7,5/10
PS1: A noter la très jolie couverture de J'ai Lu (suffisamment rare pour être souligné), ce qui vient en contrepoint avec le nombre hallucinant de coquilles qui se trouvent dans ce bouquin. A tel point que j' ai écrit à J'ai Lu pour râler un bon coup: non mais ils ne relisent pas, ou quoi?
PS2: Ce roman a donné son nom à un bon blog littéraire: la critique du bouquin est ici.
27 juillet 2006
The devil wears Prada
J'ai terminé récemment The devil wears Prada de Lauren Weisberger chez Anchor Books (en français, Le diable s'habille en Prada est disponible en poche chez Pocket, mais la couverture est beaucoup plus gnan-gnan que celle-ci, hélas).
Eh bien, contre toute attente, j'ai beaucoup aimé!
Pour la faire courte, une charmante jeune femme, Andrea, devient l'assistante-esclave d'une très méchante rédactrice de mode, Miranda. Dis comme ça, ça fait truc facile, on voit venir les scènes d'humiliation à des kilomètres, plein de clichés... Et malheureusement, le tout début du bouquin renvoie également cette impression de bof bof.
Et puis si on se laisse porter par les malheurs d'Andrea, on découvre un roman moins superficiel qu'il n'y paraît à première vue. Notre chère Andrea a juste assez de détachement pour faire preuve de jugement critique et de naiveté incrédule sur son milieu, mais pas assez pour faire en sorte que sa vie personnelle aille sur des roulettes. Bref, on voit la vie de cette charmante demoiselle sombrer au fil des pages, et elle le sent elle aussi, mais ne peut pas faire grand chose pour réagir. Et on se demande jusqu'où ça va aller, tout ça, jusqu'à qu'elles humiliations elle va devoir supporter, et quelle est la solution pour que l'engrenage infernal cesse...
Vraiment, j'ai été très agréablement surprise par ce roman, ce qui explique
ma note, la meilleure so far: 9/10