terre des mensongesJ'ai lu La terre des mensonges d'Anne B. Ragde traduit par Jean Renaud en 10/18.

Première phrase: "-Viens vite, murmura-t-elle. Tu ne peux pas te dépêcher...?"

Depuis un certain voyage en Scandinavie, il suffit de me coller des baraques peintes en rouge et un peu de neige sur une couverture pour que je fonce tête baissée. Me voilà donc transportée dans une ferme norvégienne décrépite occupée par un quinquagénaire, sa môman chérie, et son père détesté, presque maltraité. La môman, qui n'est plus de première jeunesse, est hospitalisée suite à une attaque. Le fils chéri, Torr de son petit nom, appelle donc ses deux frères et sa propre fille afin qu'ils viennent veiller la Mater Familias.

Sauf que. Sauf que les trois frères ne se parlent plus depuis des lustres. Erlend, décorateur de génie est homosexuel affirmé, est parti vivre ses différences à Copenhague, et autant dire que ça arrangeait tout le monde qu'il fiche le camp. Margido, le croque-mort, ne vit pas bien loin, mais n'a pas mis les pieds à la ferme depuis plusieurs années. Quant à Torunn, fille de Torr, elle ne connaît personne de cette famille, puisque sa grand-mère a rejeté sa mère alors enceinte, et qu'elle n'a connu son père que sur le tard.Torunn est en effet une grande fille, assistante vétérinaire installée en ville, indépendante et tout et tout (mais célibataire, on ne peut pas tout avoir non plus).

Tout ce petit monde se retrouve donc autour du lit d'hopital, tous, sauf le père, sale, délaissé, humilié. Evidemment on se rend vite compte que quelque chose ne tourne pas rond dans cette famille: la vieille n'a pas l'air d'avoir été ni aimante ni très compréhensive, on se demande quelle faute a bien avoir commis le vieux pour être ainsi déconsidéré, et les trois garçons ont l'air de traîner un paquet de valises douloureuses.

Torunn se retrouve plongée dans cet univers complètement inconnu. Elle apprend à connaître un peu son père, pauvre éleveur de porcs; elle se découvre beaucoup d'affinités avec tonton Erlend (qui est effectivement le plus chaleureux de la bande); elle donne un coup de main pour remettre en état la ferme familiale, qui en a d'ailleurs bien besoin.

Bien sûr on finit par apprendre quel est le fameux mensonge du titre, pourquoi le vieux est traité comme il l'est (quoi que), tout ça tout ça. Mais le big secret, je l'avais vu venir à des lieues. Ce n'est pas grave, car ce n'est pas ça qui tient le roman. Ce qui le tient, ce sont ces scènes longuement décrites, disséquées. C'est Margido en train d'exercer son métier déprimant. Ce sont Erlend et son compagnon Krumme qui vivent dans un monde diamétralement opposé à la ferme, mais qui pourtant n'ont pas peur de la saisir à bras le corps. C'est Tor qui est complètement dépassé par la situation, n'ayant jamais envisagé qu'il faudrait un jour faire sans sa chère mère. Et c'est Torunn qui découvre cette terre familiale, qui va être l'élément de cohésion entre ces individus qui n'ont plus grand-chose à se dire.

J'ai adoré ce bouquin, que j'ai lu très rapidement. Je me suis fort attachée aux personnages, même à ceux dont j'ai du mal à saisir les motifs et dont le mode de vie m'est le plus éloigné. Par contre, je n'ai aucune pitié pour la vieille, je la trouve juste méchante. Du coup, le soir-même ou j'ai terminé le roman, j'ai commandé la suite, La ferme des Neshov.

Ma note: ****