boulevard_p_rifPour cette édition du Blogoclub consacrée à Henry Bauchau, j'ai lu Le boulevard périphérique, chez Actes Sud.

Première phrase: "Tandis que le métro m'emporte vers la station du fort d'Aubervilliers où je prendrai le bus pour Bobigny, je pense à ma famille telle qu'elle était dans mon enfance."

Le narrateur, pour ne pas dire l'écrivain, assiste aux dernières semaines de vie de sa belle-fille, atteinte d'un cancer. Tandis que jusque là il ne se sentait pas très proche du couple qu'elle forme avec son fils, il lui semble ne pas avoir d'autre choix que d'être là. Cette maladie à l'issue incertaine fait écho à la disparition de son ami Stéphane, résistant pendant la Seconde Guerre Mondiale. Le narrateur revit ainsi leur amitié, mais aussi sa confrontation avec le mystérieux Shadow, officier nazi responsable de la mort de Stéphane.

Que voilà un livre singulier à qui il va m'être difficile de faire justice. Nous avons d'un côté un vieux monsieur qui semble passer son temps à descendre de bus pour monter dans un métro, tout ça pour ne passer que quelques minutes au chevet de sa belle-fille, veillée par une mère qui lui consacre toute son énergie vitale. Nous avons de l'autre côté un jeune homme presque solaire, pour qui la vie n'avait d'intérêt que dans le frisson. Frisson de l'escalade, frisson de la guerre. Nous avons enfin un Méchant aussi mystérieux que son nom, Shadow, séduisant jusqu'à l'envoûtement, et qui exerce un pouvoir quasi-surnaturel sur ceux qui l'entourent.

Même si j'ai rétrospectivement du mal à faire le lien entre le présent de la narration (la maladie de la belle-fille, les veilles à son chevet, les trajets pour s'y rendre) et son passé (Stéphane, sa disparition, puis la rencontre entre le narrateur et Shadow), j'ai lu ce livre comme sous hypnose. Il fait partie de ces livres dont on sent qu'il sont au-dessus des autres, mais sans pouvoir dire pourquoi, et sans y entrer complètement. Je me souviens avoir ressenti la même chose avec certains romans de Paul Auster: j'aurais presque envie de lire des cours de fac dessus, pour avoir confirmation que j'ai bien loupé des choses à la lecture.

Il ne s'agit pas d'une lecture délicieuse, mais par contre j'en garde beaucoup de traces plusieurs semaines après sa lecture, alors que certains romans que j'ai adoré sur le moment ne me laissent aucun souvenir (récemment il m'a fallu 50 pages pour me rendre compte que j'avais déjà lu un roman. Après recherches, il s'est avéré que je l'avais lu seulement un an auparavant, et que je l'avais très bien noté alors...).

Ma note: ***


Elles ont participé à la lecture commune: Itzamna (Antigone), Val aime les livres (Diotime et les lions), Zarline (Déluge), Sylire (Oedipe sur la route)