twenty mileJ'ai lu Incident à Twenty-Mile de Trevanian traduit par Jacques Mailhos chez Gallmeister.

Première phrase: "Bien que cela fît maintenant huit ans que le Wyoming était devenu un Etat, les plus anciens des gardiens l'appelaient encore une prison territoriale."

J'ai découvert Trevanian grâce à un ami dont le frère est libraire, et qui lui avait conseillé un polar appelé La sanction. Il s'agissait d'une histoire d'espionnage, avec un prof de fac-alpiniste dont le job est de "sanctionner" les traîtres. Il partait donc en ascension avec plusieurs suspects potentiels, et devait accomplir sa mission sans mettre en péril la survie de la cordée. Bien que les histoires de montagne me fassent partir en courant, j'avais plutôt aimé. Bon signe. En plus, il y a un certain mystère qui plane autour de l'auteur, et ça, ça aiguise la curiosité. Donc quand j'ai vu "Trevanian" sur la couverture et "Wyoming" sur la quatrième, ça n'a pas fait un pli. Parce que le Wyoming, voyez-vous, j'y vais faire un petit tour cet été.

Voici ce que dit l'auteur à la fin du roman: "Les années passèrent, où je consacrais mon temps et ma tête à d'autres ouvrages; puis, il y a peu, il me vint à l'esprit que le centenaire des événements de Twenty-Mile approchait, et je me dis que le temps était venu d'écrire mon seul livre dans le genre du western en en revisitant les archétypes conventionnels: le "kid", le joueur de poker tuberculeux, les filles de saloon au coeur d'or, le petit commerçant philosophe, le prédicateur de l'Ouest sauvage, la jolie jeune première d'une ville bientôt fantôme, le nouveau venu mystérieux et amer, le hors-la-loi qui se déchaîne sur la ville tel un fléau biblique." Le ton est donné.

Donc voilà un jeune homme qui arrive dans la ville bientôt fantôme de Twenty-Mile. Une poignée d'habitants, plus ou moins accueillants, survit grâce aux mineurs qui descendent en ville le samedi pour une nuit de dépense et de débauche, avant de remonter à la mine du Filon Surprise. Notre jeune homme, passioné de Ringo Kid, un héros de littérature populaire, parvient à faire sa place auprès des habitants, même si l'on comprend que sa personnalité n'est pas très franche du collier. Parallèlement, un très très très méchant monsieur s'échappe du pénitentier, en compagnie de ses deux hommes de mains idiots et dévoués. Le quotidien de Twenty-Mile s'en voit désespérément bouleversé, et personne n'en sortira indemne. Notre jeune homme, en astiquant son étoile de shérif, se demande alors: "Qu'aurait fait le Ringo Kid dans cette situation?"

Une lecture très prenante. Même si on sent assez rapidement que ça ne va pas se finir en "all is well that ends well", on ne peut s'empêcher de se demander ce qui va se passer. Il y a longtemps j'avais déjà expliqué l'importance de Lucky Luke dans ma formation de lectrice. Eh bien ce roman y fait écho, en bien sûr beaucoup moins édulcoré. Mais certains personnages pourraient sortir tout droit des planches. Bref, j'ai vraiment aimé ce roman.

Mon seul petit regret, c'est le rapport à la réalité. A la fin du roman, l'auteur (ou le narrateur?) explique pourquoi il nous raconte l'histoire de Twenty-Mile, en citant différents témoins, des journalistes de l'époque, une thèse écrite sur l'un des personnages... Je me dis donc qu'il y a un fond d'histoire vraie. Mais en cherchant sur Internet, je ne retrouve qu'une Twenty-Mile Hill et une Twenty-Mile road, je ne retrouve pas mention des deux villes fantômes (Twenty-Mile et Destiny), ni du journal évoqué, ni de la thèse... Le Chicago Tribune dit dans un de ses articles qu'il s'agit d'un "fact-based tale", mais c'est étrange que je ne trouve rien d'autre qui m'indique un fond de réalité. Bref, je ne sais pas si Trevanian m'a bien menée en bateau avec sa postface, ou s'il ma effectivement mise sur la piste d'un épisode méconnu de l'histoire du Wyoming.

Ma note: 9/10