cannibaleAprès la lecture de Plum spooky, il ne me restait qu'une petite demi-heure pour terminer mon read-a-thon: j'en ai profité pour attaquer (et presque finir!) Cannibale de Didier Daeninckx chez Folio.

 

Première phrase: "En voiture la vitesse émousse les surprises, mais il y a bien longtemps que je n'ai plus la force de couvrir à pied les cinquante kilomètres qui séparent Poindimié de Tendo."

 

Deux hommes âgés, un blanc et un Kanak, circulent à bord d'une voiture. Sur la route, un barrage gardé par des hommes armés les contraint à s'arrêter: s'ils veulent bien laisser passer Gocéné, son chauffeur blanc, Caroz, est contraint de faire demi-tour.
Avant de continuer à pied le chemin, Gocéné raconte aux jeunes l'histoire de son amitié avec Caroz, qui un jour fut jeté en prison pour lui.

 

Cette histoire commence en 1931, pendant l'Exposition coloniale de Paris. Gocéné et plusieurs autres Kanaks y sont présentés comme des cannibales de Nouvelle-Calédonie. Enfermés dans un enclos, ils doivent se donner en spectacle à heures fixes, même si ce qu'ils sont contraints de montrer n'a rien à voir avec leur culture. Avant de partir, Gocéné s'est vu confier une mission qui lui est chère: veiller sur Minoé, fille de chef qui lui est promise à leur retour.

 

Mais ce que Gocéné se sait pas, c'est que peu avant leur arrivée, les crocodiles de l' exposition coloniale sont mort subitement. Les organisateurs trouvent vite la parade, et des crocodiles de substitution arrivent d'Allemagne. En échange, le cirque Höffner attend des Kanaks pour renouveler ses attractions. Alors quand Minoé est emmenée brutalement on ne sait où, Gocéné ne peut l'abandonner à son sort, même si cela signifie risquer sa vie dans le Paris des années 1930.

 

Voilà un très court roman que l'on dévore d'une seule traite. Je l'appelle roman, car si Daeninckx est parti de faits avérés (présence de Kanaks, entre autre peuples, à l'Exposition coloniale), l'histoire de Gocéné est romancée. Qu'importe, le propos n'en est pas moins fort. Que cela fait du bien, parfois, de sortir de son quotidien, de sa manière de voir les choses, et d'emprunter la place de l'Autre...

Ma note: 8/10
(seulement, pourrait-on dire, car j'aurais aimé un récit plus long, et notamment racontant le retour des "cannibales" dans leurs foyers)

A lire: cet article où l'auteur revient sur l'écriture de ce roman, et évoque sa rencontre avec le footballeur Karembeu, dont plusieurs ancêtres firent partie de l'Exposition coloniale.