pique_nique_diableJ'ai lu Le pique-nique du diable: Un tour du monde des fruits défendus de Taras Grescoe traduit par Florence Hertz aux éditions Noir sur Blanc.

 

Première phrase: "J'ai joué à cache-cache pendant un an avec le diable."

 

Taras Grescoe est un jeune écrivain et journaliste canadien. Pendant un an, il s'est intéressé aux aux substances et aliments interdits de par le monde, afin de proposer une réflexion sur les limites et les conséquences de l'interdiction, notamment le trafic et l'excès. Il s'interroge également sur le bien-fondé de certaines interdictions sanitaires.

 

"Je m'étais fixé la tâche de dénicher et de goûter tous les fruits défendus, au mépris de ceux qui veulent réglementer mes désirs. En douze mois de voyages à travers sept pays, j'ai rencontré des attitudes diamétralement opposées vis-à-vis de la prohibition, en passant de la tolérance des Etats providence à la sévérité des Etats nounou, de l'indifférence polie à la xénophobie la plus extrême, sans parler de la patience perplexe des pays en voie de développement, dont les principales ressources naturelles sont mises en danger par les prohibitions des autres pays." p 13

 

En Norvège, il a goûté à la gnôle locale titrant à 96° tout en s'interrogeant sur le rapport entre prohibition et binge drinking. Il a ensuite introduit des biscuits au pavot à Singapour, pays figé qui a oublié ce qu'est le plaisir. Puis a cherché de l'Epoisses au lait cru en France et s'est interrogé sur les interdictions sanitaires en cours en Amérique du Nord. En Espagne, il a testé les testicules de taureaux et les alevins d'anguille. Il a recherché les derniers bars fumeurs aux États-Unis. Il a goûté plusieurs absinthes en Suisse, afin de trouver la vraie. A Bayonne, il a bu du chocolat au lait en se demandant dans quelle mesure le chocolat différait d'une drogue. Et d'ailleurs, il a poursuivi son voyage en Bolivie, pour boire du maté de coca, une infusion de feuilles de coca. Finalement, la seule chose que Taras Grescoe n'a pas lui-même goûté au cours de ses recherches, c'est le pentobarbital sodique que des malades du monde entier partent absorber en Suisse afin d'abréger leurs souffrances.

 

Je suis gourmande et curieuse, deux bonnes raisons de lire ce livre. C'est une lecture sympathique, évidemment très contestataire, qui m'a rappelé Michael Moore et Antoine de Maximy. On peut toutefois reprocher une construction simpliste et répétitive, chaque chapitre s'ouvrant sur le but du voyage, puis différentes rencontres, avant une réflexion sur le bien-fondé ou non de l'interdiction. C'est le seul reproche que je ferais à ce livre.

 

Il s'agit d'une lecture distrayante, mais proposant une vraie réflexion sur le libre-arbitre de l'individu confronté à des lois parfois injustifiées. Lorsque l'on referme ce livre, on n'a qu'une envie: manger un morceau de fromage au lait cru, boire un bon petit verre, et savourer les plaisirs simples de la vie, en gardant à l'esprit que certains sont peut-être en péril.

Ma note: 8/10