kevinJ'ai lu dernièrement We need to talk about Kevin de Lionel Shriver chez Serpentstail (titre en français: Il faut qu'on parle de Kevin).

 

Première phrase: "Dear Franklin, I'm unsure why one trifling incident this afternoon has moved me to write to you."

 

Il y a des livres que l'on lit pour se distraire, pour se changer les idées. Il y a des livres que l'on lit pour se cultiver, pour se renseigner sur des sujets qui nous intéresse. Et puis il y a des livres que l'on lit car une fois qu'on les a ouvert, ils nous racontent ce qu'aucun autre ne nous a raconté.

 

C'est ce que j'ai ressenti à la lecture de ce roman. Je savais qu'il était question d'une tuerie perpétrée par un adolescent dans son lycée. Dès les premières pages, j'ai compris la forme du roman: la mère écrit des lettres au père à propos du fils meurtrier. Mais ce que je ne savais pas, ce que j'ai découvert peu à peu, c'est l'horreur du propos, et la maestria de l'auteure (qui, entre nous soit dit, est une femme, ce que j'ignorais complètement).

 

Un enfant peut-il être méchant de naissance? Non pas méchant parce qu'il ne veut pas ranger sa chambre, mais un véritable monstre? Si j'ai choisi le métier que je fais, c'est justement parce que je crois en la bonté naturelle de l'enfant, et que je crois que ce sont les souffrances physiques ou morales, volontaires ou involontaires, infligées par les adultes ou la société qui peuvent ensuite conduire quelqu'un à devenir "méchant". Que mon propos soit bien clair: à la fin de ma lecture, mon avis n'a pas changé d'un millimètre. Mais cette certitude que je porte en moi a forcément orienté ma lecture, puisque je ne pouvais pas accepter d'adhérer complètement aux propos de la mère.

 

Car, dans ce roman, la mère nous laisse entendre une autre musique. Et je dois dire que je l'ai trouvé particulièrement effrayante, d'autant que je ne l'avais jamais imaginée. Et cette musique est fort intéressante, car elle pose bien des questions: est-ce l'enfant qui est monstrueux, et la mère nous le raconte, où est-ce la mère qui est monstrueuse de ne pas avoir d'affection pour l'enfant et de nous le présenter en monstre? En d'autre termes, à qui la faute de l'issue fatale? Mais cette question, la mère se la pose également, et la réponse n'est pas contenue dans les pages du roman. Doit-on faire complètement confiance à cette femme, où doit-on tempérer ses propos par ceux qu'elle attribue au père? Voilà ce que j'ai trouvé magistral dans ce roman: cette incertitude permanente, ce doute omniprésent qui donne à ce drame singulier une portée universelle.

Ma note: 9/10

D'autres avis: La conjuration des livres, Clochette, Jules, Papillon, Kathel, Sole...

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C'était ma dernière lecture pour le défi de lecture 2008 Le Nom de la Rose, le récapitulatif est ici.