monde_retrouv_J'ai lu Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot: sur les traces d'un inconnu (1798-1876) de Alain Corbin chez Flammarion.

 

Première phrase: "Louis-François Pinagot a existé."

 

Que voilà un livre étonnant! J'avais noté ce titre à je ne sais plus quelle occasion, car j'aime l'Histoire consacrée au quotidien des gens simples. Lorsque j'ai entendu parler de ce bouquin, j'avais cru comprendre qu'il s'agissait de la biographie d'un inconnu. Mais je pensais qu'il avait été "inventé" pour l'occasion, comme exemple du milieu social décrit dans ce livre (un sabotier dans l'Orne du XIXe siècle), or Louis-François Pinagot a bien existé (comme l'indique froidement la première phrase du livre).

 

En effet, Alain Corbin a simplement choisi "au pif" un type sur les registres d'état civil, puis il a essayé de reconstruire sa vie. Peu de documents concernent directement ce pauvre Louis-François, mais Corbin s'est appuyé sur tous les documents concernant son département, sa commune, son hameau, ses proches, ses semblables... Ainsi, il ne nous raconte pas la vie de Louis-François comme on est sûrs qu'il l'a vécue, mais celle qu'il a vécue selon toute logique et toute vraisemblance. Ce qu'il pensait, s'il était religieux ou non, ce qu'il votait, ce qu'il savait de la Révolution...

 

Autant le dire tout de suite, c'est un livre ardu. Un vrai livre universitaire, écrit tout petit, bourré de mots inconnus et de notes de fin d'ouvrage (correspondant très souvent à ses sources). Mais quelle idée de génie, quelle minutie dans la reconstruction, touche par touche, du décor de Louis-François. Pour qui je me surprendrai presque à avoir une certaine affection, après tant d'heures de lecture à essayer d'imaginer et de comprendre ses sentiments et ses pensées.

 

Un vrai tour de maître, intéressant, très riche. Mais une lecture qui nécessite attention, sérieux, obstination. Néanmoins, je crois que le jeu en vaut la chandelle. Pour preuve, je pense lire un jour un autre livre du même auteur, Le village des cannibales, consacré à un fait-divers de 1870 dans le village de Hautefaye, en Dordogne. Comprendre comment vivaient les paysans périgourdins de la fin du XIXe m'intéresse bien sûr au plus haut point, car cela m'éclairerait sur la vie de mes propres arrière-arrière-arrière grands-parents.

Ma note: 8/10
(parce que certains passages sont quand même un peu fastidieux)

Une autre vie, quelques dizaines d'années plus tard dans un autre coin de France: Le cheval d'orgueil