cheval_orgueilJuste avant mes chères vacances si attendues, j'ai lu Le cheval d'orgueil de Pierre Jakez Hélias, dans une vieille édition France Loisirs toute grise toute moche (donc différente de la photo illustrant ce billet).

Première phrase: "Quand Pierre-Alain, mon père, épousa Marie-Jeanne le Goff, il n'avait qu'une lieue à parcourir pour passer de la ferme de Kerveillant, en Plozévet, au bourg de Pouldreuzic où il allait vivre désormais avec sa femme."

Ainsi commence le touchant récit du pays Bigouden du début du siècle dernier. L'auteur nous raconte la vie de ses grands-parents, de ses parents, puis son enfance et son adolescence. Mais plus que l'anecdote personnelle, c'est la mémoire collective qui est à l'œuvre.

En quelques tableaux bien choisis, l'auteur peint "sa" Bretagne, celle qui l'a vu naître et celle qu'il regarde désormais avec les yeux de l'enfant du pays instruit, qui a quitté la masse de la paysannerie traditionnelle pour mieux en chanter les codes.

Autant dire que j'ai adoré ce bouquin. Je l'ai trouvé émouvant, mais aussi drôle et surtout passionnant et instructif. Je me suis attachée aux personnes, et d'autant plus facilement que pour une fois, il ne s'agit pas de personnages. De plus, ma vieille édition comporte un cahier photo en noir et blanc, sur lesquelles j'ai pu découvrir, attendrie, les vrais visages de la famille de l'auteur, ainsi que des scènes rurales telles que décrites au fil des pages.

Ce bouquin fait du bien à l'âme, car il nous rappelle quelle était la vie de nos aïeux. Les miens ne sont pas bretons, mais ils sont paysans; et je suis sûre que les valeurs dévoilées au cours du texte sont communes aux petites gens, quelles qu'en soient les origines; ainsi que bien des aspects de la vie quotidienne.
Par exemple, dans un paragraphe consacrés aux remèdes populaires, voici ce que je peux lire avec surprise p 122: "Pour les plaies plus fortes, ou envenimées, c'est le pétale de lis qui est indiqué, à la condition qu'il ait macéré pendant quelques temps dans le premier jus qui sort de l'alambic." Pourquoi surprise? Car chez mes grands-parents, le même remède a été utilisé sur des générations d'enfants, dont moi il n'y a pas si longtemps. Je croyais qu'il s'agissait d'une méthode propre au "pays" de ma grand-mère, je découvre qu'il n'en est rien: région éloignée, un siècle d'écart, même remède...

C'est donc avec grand bonheur et grand intérêt que j'ai partagé la vie de la famille Le Goff-Hélias. J'ai dévoré le livre, même si je dois quand même soulever un bémol: la toute dernière partie, consacrée à la Bretagne des années 1970 et aux pensées qu'elle suscite chez l'auteur, m'a laissé complètement de marbre, même si j'ai noté une phrase à méditer p 509: " (...) en même temps qu'elle achève de brader les témoignages d'un art de vivre révolu, (la période récente) cherche désespérément à en susciter un autre à partir des témoignages en question comme on va chercher dans les musées, en méditant devant des débris séculaires, des inspirations susceptibles d'humaniser les temps à venir." Fichtrement bien dit, Pierrot.

Ma note: 8.5/10 (à cause des 50 dernières pages)

Sur la Bretagne, j'ai aussi lu Au-dessous du calvaire, de Hervé Jaouen. Et il est intéressant de constater que ces deux livres sont assez complémentaires, puisque Hélias bacle la seconde guerre mondiale en 1 page et demie, et nul mention des Breiz atao... Un peu gêné aux entournures, le Pierrot?


A part ça, je pars en vacances demain (pour la Bretagne, vous l'aurez compris) jusqu'aux tout derniers jours de juillet. Quelques billets programmés en mon absence, notamment un petit défi culinaire que je me lance...