garden_beastsJ'ai lu dernièrement Garden of beasts de Jeffery Deaver chez Hodder (titre en français: Le rectificateur).

 

Ce livre m'a gentiment été offert par Goelen à l'occasion du swap Noir c'est noir.

 

Première phrase: "As soon as he stepped into the dim appartment he knew he was dead." (traduction maison: Dès qu'il posa le pied dans l'appartement sombre, il sut qu'il était mort.)

 

Nous sommes en 1936. Aux États-Unis, Paul Schumann est tueur à gages. Non pas que ça l'amuse particulièrement, mais les circonstances de la vie l'ont mené là où il est, et il fait avec. Un jour, un client à qui l'on ne peut rien refuser lui propose un dernier coup avant de lui assurer une retraite dorée. Ce client, c'est l'Oncle Sam. Et sa mission, c'est de descendre Reinhard Erst, un des plus proches collaborateurs de Hitler. Pas moins. Paul s'embarque donc sur un paquebot, au milieu des athlètes américains se rendant aux JO de Berlin, et va tâcher de mener à bien sa mission, grâce à un trafiquant allemand bien original et à une charmante hôtelière.

 

Après un début un peu laborieux, sans doute en partie pour cause d'anglais à relancer et de manque de temps, j'ai finalement été happée par ce long roman (514 pages pour ma version). Je dois reconnaître de grands talents à l'écrivain, Jeffery Deaver, que je lisais pour la première fois.

 

Dans la caractérisation, d'abord. Les personnages sont vraiment bien construits, complexes, et ne tombent pas dans le manichéisme. Paul n'est pas franchement sympathique, il est plutôt du style porte de prison. Efficace, certes, mais pas très attachant. Sa victime, Reinhard, le (méchant) SS, est dépeint comme un grand père meurtri par la mort de son fils, intelligent et pas dupe de la folie de Hitler. Pendant les 2/3 du roman, je me suis surprise à avoir plus de sympathie pour Reinhard que pour Paul. Presque à souhaiter qu'il échoue sa mission. Pourtant, est-il besoin de préciser que je n'ai habituellement pas de sympathie pour les nazis? Heureusement (si on peu dire), notre bon vieux Reinhard dévoile sa nature impitoyable avant la fin du roman, ma représentation morale de l'histoire n'a donc pas été entamée au final. La limite entre le bien et le mal se brouille encore plus avec le personnage de Willi Kohl, un policier allemand qui essaie de faire correctement son métier d'enquêteur criminel, et qui se pose bien des questions sur le présent et l'avenir de son pays, aux mains d'une minorité de cinglés. Sans parler des personnages gentils tout le long/méchants à la fin et réciproquement. Vraiment une caractérisation toute en finesse pour une période qui invite plutôt à la radicalité.

 

Dans la construction du roman, ensuite. L'intrigue est simple, en apparence, et en commençant le roman le lecteur a une seule question en tête: Paul va-t-il réussir à dégommer Reinhard (et accessoirement, s'en tirer vivant)? Mais bien vite, les choses se compliquent, et des dizaines d'autres questions surgissent. La fin du roman n'est que rebondissement, retournage de veste et suspense au long cours. Mais attention, c'est très bien fait: pas de personnages tombés du ciel, pas d'intrigues tirées par les cheveux. Juste la complexité de la vie à Berlin en 1936.

 

Bref, j'ai été agréablement surprise après un début pas très excitant. Donc forcez-vous, ça vaut le coup! Merci Goelen pour cette bonne lecture!

Ma note: 8.5/10

Un autre roman sur l'Allemagne des années 1930: Inconnu à cette adresse, de Kressmann Taylor.