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Afin de participer à nouveau au Club de lecture des bloggeuses, il a fallu que le lise Middlesex, de Jeffrey Eugenides, traduit par Marc Chodolenko pour l'Olivier. A première vue, ce bouquin ne m'emballait pas du tout, mais je voulais vraiment participer, alors je me suis lancée. Et j'ai adoré! Comme quoi, il faut parfois se forcer.

Le roman débute en Grèce, il y a quelques décennies. Dans leurs collines, au milieu des vers à soie, un frère et une soeur s'aiment comme un frère et une soeur ne devraient pas s'aimer. La fuite vers les Etats-Unis suite à l'invasion des Turcs leur donne l'occasion de faire l'impensable: de passer du statut de frère et soeur à celui de mari et femme.

Et on suit les tribulations de ce couple atypique, dont on oublie rapidement la singulière histoire, au gré de leurs aventures dans leur nouveau pays. De leur mariage, naitra notament un garçon, qui tombe amoureux d'une cousine à quelques degrés, élevée presque comme une soeur. L'histoire se répète, au grand dam de Desdemona, persuadée que Dieu punira tôt ou tard sa terrible union.

Mais Milton finit par épouser sa cousine Tessie, et ils donnent naissance à deux enfants, dont la jolie petite Calliope. Mais Cal n'est pas tout à fait normale: un crocus, comme elle l'appelle, pousse entre ses cuisses.

Après l'épopée familiale, racontée à la troisième personne, on suit l'épopée personnelle de Cal, qui se rend compte petit à petit de sa différence et des difficultés que cela entraine. C'est alors un Cal homme, quadragénaire, qui nous raconte son histoire. Et quelle virtuosité! Le passage de elle à lui se fait tellement naturellement, l'histoire de cette petite fille différente est tellement ... banale, finalement! (sauf à la fin, ou certains épisodes m'ont semblé tomber un peu plus dans le cliché).

Quelque chose qui m'a un peu dérangé dès les premières pages: est-ce que certaines phrases sont tordues, ou est-ce dû à la traduction de Marc Chodolenko? Cette première partie qui se passe en Grèce/Turquie m'a beaucoup fait penser au Soleil des Scorta de Laurent Gaudé.

D'autre part, je ne peux m'empêcher de m'interroger. Car j'ai trouvé ce roman vraiment passionant, mais peut-être est-ce du voyeurisme? En d'autres termes: j'ai adoré, mais est-ce que c'est pour de bonnes raisons, c'est à dire en raison du talent littéraire, ou simplement parce que ça raconte des histoires d'inceste et de personnes atypiques, ce qui attire forcément l'attention de la pauvre humaine que je suis?

Enfin, il est à noter Le narrateur l'utilisation pleinement consciente que fait l'auteur des procédés de cinéma. Lorsqu'il zoome ou qu'il accélère, il ne fait pas semblant! Par exemple:

Pour gagner du temps, je vous propose maintenant un montage rapide. Nous voyons Milton accueillir ses premiers clients. Nous voyons Eleni leur servir des œufs brouillés. Nous voyons Milton et Eleni qui attendent en se mordant les lèvres. Mais maintenant les clients sourient et hochent la tête ! Eleni se précipite pour leur resservir du café. Ensuite Milton, vêtu autrement, accueille d’autres clients ; et Jimmy le cuistot casse les œufs d’une main ; et Lefty regarde hors cadre à gauche (…). Gros plan sur la caisse qui s’ouvre et se referme ; les mains de Milton comptant les billets ; Lefty mettant son chapeau et sortant discrètement. (p 267)

Pour conclure et pour résumer, j'ai vraiment aimé ce roman, comme le montre ma note: 9/10

D'autres avis:

celui de Chimène
celui de Cuné
celui de Camille

Les prochaines lectures:

- 12 janvier: Stephen MacCauley: L'objet de mon affection
- 12 février: Andrea H. Japp: Les chemins de la bête