Inconnu à cette adresseDimanche dernier, pendant notre retour de week-end, j'ai lu Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor, traduit de l'américain par Michèle Lévy-Brahm pour les éditions Autrement. J'ai en effet cette grande chance de pouvoir lire en voiture sans être malade (à part s'il y a vraiment trop de virages), et c'est sans doute ça qui m'a sauvé pendant mes vacances de fille unique, seule à l'arrière de la voiture familiale. Maintenant je suis devant, mais je lis toujours !!

Cette nouvelle est un roman épistolaire. L'Allemand Martin Schulse rentre au pays en 1932, laissant en Amérique son ami et associé juif Max Eisenstein. La nouvelle nous présente donc leur correspondance, 19 lettres et une vingtième, qui revient à son expéditeur avec la mention "inconnu à cette adresse". L'amitié sincère des premières lettres fait vite place à l'incompréhension, puis à l'indifférence malveillante, puis enfin à la haine et à la vengeance.

Cette nouvelle est courte, je crois que je l'ai lu en quelque chose comme 20 minutes. On la classe souvent dans la littérature pour adolescents, sans doute parce qu'elle illustre l'état d'esprit des acteurs (et des victimes) de la Seconde Guerre mondiale. L'intrigue est bien construite, car il faut comprendre ce qui se met en place derrière les lettres présentées. Le raisonnement est subtil, et l'auteure (son éditeur l'avait convaincue de laisser tomber son prénom Kathrine pour son nom de jeune fille Kressmann et ainsi passer facilement pour un homme) est assez visionnaire puisqu'elle avait compris dès 1938, date de la rédaction de cette nouvelle, la cruauté et l'inhumanité du régime nazi. A lire donc, ce serait dommage de se priver, que l'on soit adolescent ou pas.

Pour conclure, un petit mot des editions Autrement. Je suis rarement décue par leur partie littérature, j'avais d'ailleurs beaucoup aimé le recueil de nouvelles L'ouvre-boîte de Jincy Willett. En plus, il faut admettre que les photos de couverture sont toujours à tomber, et ce sont des livres qu'on a vraiment envie d'avoir sur ses étagères, s'ils étaient un peu moins chers (Inconnu à cette adresse: 7,95€ pour une cinquante de pages pas complètes et en caractères assez gros). Hélas, mille fois hélas, il semblerait qu'ils aient fait le choix de passer leur budget dans les couvertures plutôt que dans le salaire des traducteurs...